La sous-représentation des femmes : l’exemple de Death Note

Vous êtes vous déjà amusé.es à compter le nombre de personnages féminins et masculins dans un livre, dans une bande-dessiné ou dans un manga ? Non ? Pas de problème : aujourd’hui, je m’en suis chargée pour vous. 🙂

 

Rapide présentation de Death Note

Death Note (en français « carnet de la Mort ») est un shōnen manga écrit par Tsugumi Ōba et dessiné par Takeshi Obata (1). Un shônen est un manga « dont la cible éditoriale est avant tout constituée de jeunes adolescents de sexe masculin » (2). Après avoir été publié au Japon entre 2003 et 2006, Death Note est publié en français par Kana entre 2007 et 2008 (1). Le manga a aussi été adapté en version animée et a fait l’objet de plusieurs adaptations cinématographiques (1).

L’histoire se centre sur Light Yagami, « un lycéen surdoué qui juge le monde actuel criminel, pourri et corrompu. Sa vie change du tout au tout le jour où il ramasse par hasard un mystérieux cahier intitulé « Death Note ». »(1). Ce cahier permet de tuer n’importe quelle personne dont on écrit le nom tant que l’on connaît son visage. Accompagné de Ryûk, un dieu de la mort qui est l’ancien propriétaire du Death Note, « Light décide d’utiliser le Death Note pour exterminer les criminels, dans le but d’éradiquer le Mal et de bâtir un monde parfait dont il sera le dieu. »(1). Dans cette quête, il s’opposera notamment « au mystérieux L, un détective capable de résoudre n’importe quelle énigme, mais dont personne ne connaît l’identité » (1).

L’analyse

Présentation de la démarche

Ici, je me suis intéressée aux représentations en termes numériques (combien de personnages de chaque sexe) et dans une moindre mesure en termes de place accordée dans l’intrigue (rôle et importance du personnage dans le récit, liens avec les autres personnages).

On pourrait déjà me reprocher d’avoir sélectionné le mauvais manga pour ce genre d’analyse : Death Note étant un manga policier, il peut paraître logique aux yeux de certain.es d’entre vous qu’il y ait plus de personnages masculins puisqu’il y a plus d’hommes dans la police et dans le milieu du crime. Pour éviter ce problème, je me suis concentrée sur le tout début de l’intrigue de Death Note, à un moment où le personnage principal (Light) vient à peine de trouver le cahier de la mort et où les meurtres qu’il commet n’ont pas encore éveillé l’attention de la police. Cette partie de l’histoire correspond à l’épisode 1 de la version animée du manga, et va de la page 1 à 49 dans la version papier. Au début de l’histoire, Light mène une vie normale de lycéen japonais : il n’y a donc aucune raison pour que la société qui l’entoure soit constituée de plus d’hommes ou de femmes. Néanmoins, parce que je ne pouvais pas résister à cette d’analyse, je reviendrai brièvement sur la question des personnages principaux à la fin.

Ma démarche a été la suivante : dans l’animé comme dans le manga, j’ai compté le nombre de femmes et d’hommes parmi les personnages en me basant sur leur voix, leurs traits physiques, leurs vêtements ou leur prénom/nom lorsque celui-ci était donné ou connu. Pour m’aider, je me suis aussi appuyée sur la liste des personnages que l’on trouve dans le tome 13 de Death Note qui se nomme How to read (littéralement « Comment lire »).
Si un personnage apparaissait plus d’une fois, seule sa première apparition était comptée à moins qu’il me soit impossible de dire s’il s’agissait ou non du même personnage. Lorsqu’un personnage était trop éloigné dans l’image ou impossible à catégoriser, je ne le comptais pas. Si un personnage posait problème, je demandais l’avis d’un tiers et nous décidions ensemble du choix à effectuer quant au sexe du personnage. Évidemment, une marge d’erreur existe, mais la tendance dégagée par mon analyse ne peut être négligée.

Dans le manga

J’ai compté 109 personnages dans les 49 premières pages du manga : 68,8% d’entre eux était des hommes, 31,2% des femmes. Pour information, le Japon où se déroule l’histoire a un ratio de sexe de 0,95 en moyenne, ce qui signifie que le nombre de femmes y est plus élevé que le nombre d’hommes. D’ailleurs, le Japon est au-dessus de la moyenne mondiale de 1.01 hommes pour 1 femme(3). Pourtant, si l’on suit la représentation qu’en donne Death Note, le pays serait constitué de quasiment 2/3 d’hommes.

Si l’on regarde un peu plus en détail en exceptant Light et Ryûk, les deux personnages principaux de ce début d’histoire, on trouve des choses assez aberrantes. Sur les 27 passant.es présent.es de le décor, 21 sont des hommes (soit presque 78%) ! Par ailleurs, sur les 49 élèves présent.es dans les différentes classes avec Light, seulement 17 sont des femmes (soit presque 35%). On voit donc que même dans les situations de la vie ordinaire, les personnages masculins sont largement majoritaires.

Sans surprise, on retrouve des personnages féminins dans des rôles traditionnellement féminins, par exemple comme maîtresse d’école maternelle ou aidant des enfants à monter dans un bus. On peut malheureusement dire que c’est une représentation tout à fait réaliste étant donnée la force des rôles de genre au Japon : dans ce pays, « plus de la moitié des femmes quittent leur emploi après la naissance de leur premier enfant » (4).

Quand il s’agit de montrer des personnes malfaisantes (harceleurs de rue ou meurtrier), ce sont uniquement des hommes qui s’y collent. Effectivement, en France, « les femmes commettent des délits et crimes dans une proportion moindre comparé à leurs comparses masculins » (5). Mais on peut tout de même regretter le fait que la vaste majorité des victimes de Light soit des hommes, surtout dans l’animé. Passons justement à l’analyse du support vidéo.

Dans l’animé

Il est important de noter que malgré une très forte ressemblance entre le manga et l’animé (dessins identiques, intrigue similaire) les deux supports diffèrent en de nombreux points, ne serait-ce que sur le fait de montrer ou non les victimes de Light par exemple. C’est pourquoi l’analyse des deux supports me paraît complémentaire.

J’ai compté 146 personnages dans l’épisode 1 : 67,8% d’entre eux était des hommes, 32,1% des femmes. Ce chiffre est assez similaire à celui obtenu pour le manga, et tout aussi décevant en termes de représentation féminine. Regardons maintenant dans le détail.

Sur les 32 passant.es de l’épisode 1, 20 sont des hommes, c’est-à-dire presque 63%, ce qui est légèrement mieux que dans le manga. Sur les 60 élèves présent.es dans les différentes classes avec Light, seulement 22 sont des femmes (soit presque 37%). Pour ce qui est des journalistes à la télévision, 83% sont des hommes. Tous les personnages tués par Light dans cet épisode (11 personnes en tout) sont des hommes.

A noter par ailleurs : l’animé a opté pour une tentative de viol en pleine rue alors que le passage en question dans le manga montrait un cas de harcèlement de rue… On peut le dire, l’animé joue nettement plus sur le sensationnalisme de l’horreur.

Parlons au moins un peu de paranormal. Dans cet épisode on voit plusieurs dieux de la mort. En incluant Ryûk, il y a 5 dieux de la mort mâles et un femelle. Ce n’est malheureusement pas étonnant car parmi les dieux de la mort dont le sexe est connu dans Death Note, il y a 8 mâles et 5 femelles (soit 38%). Eh oui, même quand on invente des êtres paranormaux, on ne peut ni s’empêcher de les classer en deux catégories de sexe, ni s’empêcher de sous-représenter le sexe féminin. Mais c’est un sujet pour un autre jour.

Bonus : les personnages principaux du manga

Pour ceux et celles que ça intéresse, voici une partie bonus sur les personnages principaux de Death Note. Cette analyse a été rendue possible par le tome 13 de la série (How to read) où l’auteur du manga a listé lui-même les 54 personnages principaux. Mieux encore, les fiches des personnages sont faites de telle sorte qu’en regardant l’espace qu’elles prennent sur la page, on peut identifier 8 niveaux de personnages principaux : ceux qui ont droit à 2 pages, ceux qui ont droit à 1 page, à 1/2 page, à 1/3ème de page, à 1/4, à 1/8ème, 1/9ème et à 1/18ème de page. Heureusement car non seulement on ne peut pas me dire qu’il s’agit de ma perception personnelle de la série, mais en plus cela m’épargne un travail fastidieux de recoupement des personnages que je n’aurais sûrement pas eu le courage d’effectuer.

Avec 45 hommes (83%) et 9 femmes (17%), on voit bien que les femmes ne sont vraiment pas très présentes (c’est le moins que l’on puisse dire). Elles constituent 100% des personnages de dernier rang (1/18ème de page). Seul point « positif », elles représentent 30% des personnages des trois rangs les plus élevés (1 page, 1/2 page et 1/3ème de page). Par contre, si l’on ne considère que les deux premiers rangs, ce pourcentage tombe à 22%.

Penchons-nous maintenant sur les place de divers personnages. Il y a 22 personnages liés au monde policier (police japonaise, FBI, détectives privés, etc.), parmi lesquels 9% de femmes. Et encore, je suis gentille parce que j’ai compté deux personnages féminins alors que l’une d’elles, Naomi Misora, ne fait plus partie du FBI depuis qu’elle s’est fiancée à son futur mari. Dans le tome 2 du manga, vous aurez d’ailleurs droit au passage où, alors qu’elle utilise sont esprit d’analyse pour démêler un évènement advenu dans la journée de son fiancé, celui-ci la remet à sa place en lui rappelant qu’ils ont conclu un marché pour qu’elle ne s’implique pas dans l’affaire Kira. Son fiancé ajoute : « […] quand tu auras fondé notre foyer, tu seras si occupée que tu oublieras ton ancien métier, et ces habitudes disparaitront d’elles-même. » (p.13). Prends-toi ça dans les dents, chérie !
Dans le meilleur des cas, il s’agissait d’une critique implicite de l’auteur au sujet du fait que les femmes japonaises cessent souvent de travailler quand elles ont leur premier enfant, mais on peut en douter. D’ailleurs, Naomi Misora, nettement plus intelligente que son compagnon, meurt très rapidement dans l’histoire. L’auteur de Death Note trouvait en effet qu’elle en savait trop sur l’enquête : la capacité d’analyse qu’il lui avait accordé rendait son personnage difficile à manier, alors il l’a tué avant de lui avoir accordé la place qu’il prévoyait de lui donner au départ (6).

Sur les 11 personnages qui ont une activité criminelle (meurtriers, mafia, escrocs, etc.) ou qui sont vus commettant du harcèlement, on compte 90% d’hommes. On a aussi des personnages ayant des postes élevés dans un grand groupe (100% d’hommes), des personnages hauts placés en politique (100% d’hommes). On compte deux personnages issus de la télévision (1 femme et 1 homme), deux hommes dirigeant un orphelinat, un procureur et une mannequin.

Sans surprise, 4 personnages n’ont pas d’autre fonction que d’être les membres de la famille d’un homme, et se sont toutes des femmes. D’ailleurs, le point central de certains personnages féminins est leur affiliation à un personnage masculin (petite-amie ou lien affectif plus ou moins affiché), ce qui arrive rarement aux personnages masculins. Pour prendre un exemple parlant, prenons les relations « amoureuses » de Light. Ses deux petites amies principales, qui ont toutes deux un physique avantageux mais au moins un défaut majeur (l’une est parfois traitée d’idiote par les autres personnages, l’autre est présentée comme orgueilleuse), sont prêtes à entièrement se sacrifier pour Light. Celui-ci les manipule affectivement avec un total cynisme, au point que toutes deux sont convaincues qu’il n’aime qu’elle (alors que, pour être claire, Light est un sociopathe qui n’aime personne d’autre que lui-même). Leurs carrières personnelles en tant que mannequin et présentatrice TV sont clairement secondaires : elles existent principalement pour être manipulées par Light.

Enfin, je ne vais pas plus rentrer dans le détail. Je vous invite à lire le manga ou à regarder l’animé pour voir la façon dont sont représentés les personnages masculins et féminins ; il y aurait de quoi faire un autre article sur le sujet.

Ouverture

Si j’ai choisi Death Note pour cet article, c’est à la fois parce que j’aime beaucoup ce manga et qu’il est assez connu en France. J’espère vous avoir permis de constater que le genre policier et le public masculin à qui est destiné ce manga n’expliquent pas l’inégalité de représentation des femmes et des hommes. Il est bien sûr très improbable que ce soit intentionnel de la part de l’auteur et du dessinateur, et ce n’est pas du tout ce que je cherche à montrer. Mais de la même manière que le/la lecteur/trice ne se rendra probablement pas compte que les passant.es et les élèves sont majoritairement des hommes dans la série, un auteur et un dessinateur pourront écrire et dessiner le début d’une série en ne se rendant pas du tout compte qu’il n’y a qu’un peu plus d’1/3 de femmes.

Là où je veux en venir, c’est que cette sous-représentation numérique des femmes est extrêmement fréquente, que ce soit dans les manuels scolaires, dans les albums illustrés ou dans les médias par exemple. Dans la société où nous vivons, montrer/représenter autant de femmes que d’hommes est un acte réfléchi et militant. Ce n’est quasiment jamais un acte inconscient car, si l’on n’y réfléchit pas, on représentera automatiquement plus d’hommes que de femmes. N’oublions pas que la mixité et la parité sont si inhabituelles et dérangent tellement que l’État français doit les imposer à coup de baisse de subvention aux partis politiques et le CSA par des interdictions directes.

Si vous en avez le temps, je vous invite à faire le test autour de vous, dans les livres que vous lisez, les vidéos et émissions que vous regardez, etc. Combien de femmes, combien d’hommes ? Dans quels rôles ? Vous risquez malheureusement d’être rarement surpris.e du résultat.

Pourquoi une telle situation, me demanderez vous ? Si vous vous êtes posé.e la question, accordez-vous à vous même un high five de ma part. C’est fait ? Bien. 🙂 Maintenant je vais vous décevoir, mais je ne répondrai pas à cette question ici parce que l’explication mériterait à elle seule un ou plusieurs articles. Mais gardez votre question à l’esprit, cherchez votre réponse, et nous en reparlerons une autre fois. 😉


Sources

(1) D’après l’article Wikipédia sur Death Note.
(2) D’après l’article Wikipédia sur le Shōnen
(3) D’après l’article Wikipédia sur le sex ratio
(4) D’après un article de Les Échos Start
(5) D’après un article de l’Observatoire de la Justice Pénale
(6) D’après l’article Wikia sur ce personnage
Image dessin tiré d’un article publié sur le site Geek.com.

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16 commentaires

  1. Bonjour, j’ai trouvé l’article très intéressant ! Ton argumentation m’a bien intrigué 🙂
    Mais je trouve un peu dommage que tu te sois basée beaucoup sur le numérique et sur des chiffres (bien que j’ai pu lire quelques brefs paragraphes sur l’image de la femme dans le manga). Je trouve qu’il aurait été bon de se pencher plus longuement sur « comment la femme est perçue » plus que « combien de femme sont présentes dans l’anime » car même si tu dis que le genre ne compte pas, si je prends un des nombreux anime de type « harem » que l’on peut trouver, il y a peu d’homme pour ÉNORMÉMENT de femme, mais ce n’est pas pour autant un éloge ou un compliment pour le sexe féminin, au contraire !
    De plus, on pourrait expliquer dans death note la sous-représentation de la femme en terme de nombre si on prend la célèbre hypothèse comme quoi le manga est basé sur une relation gay entre Light Yagami (Yagami = Iamgay à l’envers) et L. Dans ce cas, comme dans les mangas du genre Yaoi, il est « normal » d’avoir une représentation plus abondante d’homme, c’est le genre qui veut ça.
    Pour finir sur ton ouverture, il est vrai que la femme est souvent sous-représentée en terme de nombre et SURTOUT en France, il y a un gros travail pour amener la parité dans les livres, à la télé, etc. Mais ce n’est pas toujours le cas ! Je vais prendre un exemple sur lequel je travail en tant que blogger et sous-titreur : je sous-titre des drama japonais de type « horreur » sur ma chaîne youtube (« le fantôme sushi », si tu es intéressée pour voir :D) et je trouve au contraire qu’il y a une très grande représentation de la femme dans ce genre de drama et que le plus souvent les fantômes ainsi que les personnes principaux sont féminins ! Aussi, pour avoir vu beaucoup d’émission TV au Japon, il y a en général 2 présentateurs qui sont toujours 1 femme et 1 homme. Les invités eux, sont simplement les personnalités connues du moment, mais étant donné que souvent des groupes entiers d’Idol sont invités, on voit souvent plus de « femme » (jeune fille?) japonaise que d’homme, haha.

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    • Bonjour, et merci pour ton commentaire.
      J’entends ta critique, mais je trouve pour ma part très intéressant de se focaliser aussi sur les chiffres, et pas uniquement sur les rôles donnés aux personnages. Je vais tenter de t’expliquer pourquoi en répondant à ton commentaire.

      D’abord, tu cites des types d’anime où l’on retrouve beaucoup de personnages femmes (type « harem »), situation justifiée par le genre même d’anime (comme son nom l’indique). Le nombre élevé de femmes a un sens dans ces animé-là car c’est le genre même qui le demande. Comme tu le fais remarquer, il est évident qu’un nombre élevé de personnages féminins ne garantit en rien que leurs rôles seront meilleurs (moins stéréotypés par exemple) ou qu’elles auront un rôle principal, et ce n’est pas du tout ce que je dis dans mon article. Tu l’as remarqué, je me suis principalement focalisée sur le nombre de femmes et d’hommes parmi les personnages non principaux (élèves de classes, passant.es, etc.). J’ai volontairement gardé en bonus les personnages principaux et abordé la question des rôles. Parmi les personnages secondaires ou très secondaires, il faut admettre qu’il serait logique et réaliste d’avoir un chiffre proche de 50/50 entre femmes et hommes, ce qui n’est pas du tout le cas d’après mes calculs. Il y a donc bien un problème de nombre : les femmes ne sont pas représentées de manière numériquement réaliste dans Death Note. Cela n’a rien à voir avec le type shônen ou le contenu de l’histoire, cela a à voir avec la sous-représentations généralisées des femmes parmi les personnages dans la majorité des histoires (manga ou pas d’ailleurs). Ici, il n’est pas encore question de rôle du personnage, il est question de représenter correctement la réalité.

      Ensuite, tu évoques l’hypothèse de l’homosexualité cachée de Light pour justifier les chiffres obtenus, mais il faut rappeler plusieurs choses :
      – « Iamgay » n’est qu’une hypothèse non confirmée par les personnes qui ont créé le manga (à ce que je sache). On ne peut donc pas lui accorder plus d’importance qu’à ce qui a été écrit noir sur blanc dans le manga. Et dans le manga, Light n’est jamais désigné comme gay, ni aucun personnage d’ailleurs.
      – la majorité des personnages hommes sont attirés par les femmes dans Death Note, et inversement pour les femmes : il n’y a qu’à voir les réactions que provoquent les petites tenues de Misa sur l’équipe d’enquête japonaise, ou la façon dont les filles traitent Light en général. Cela signifie que le monde de Death Note n’a pas été fabriqué avec une focale homosexuelle comme cela peut être le cas dans des Yaoi.
      – l’homosexualité de Light pourrait expliquer le dédain avec lequel il traite les personnages féminins, mais cela ne justifierait par le fait que beaucoup de personnages féminins soient surtout là pour lui succomber et être manipulés par lui, ce qui ressemble drôlement à un fantasme hétérosexuel. D’ailleurs, les petites tenues de Misa et les jolies femmes que sont Hal Lindner ou Naomi Misora (par exemple), sont clairement là pour plaire aux lecteurs masculins du shônen. Cela signifie qu’on a imaginé les lecteurs comme hétérosexuels. Ça ne ressemble pas du tout aux codes d’un Yaoi, qui est un genre lu par des femmes plus que par des hommes (à ma connaissance)
      – la potentielle homosexualité de Light n’explique aucunement le chiffre de 30% environ de femmes pour 70% environ d’hommes parmi les passant.es, les élèves, et les autres personnages très secondaires. Ce sont censées être des situations de vie « réelles », et l’hypothétique orientation sexuelle de Light ne devrait pas avoir un impact sur ces personnages-là.

      Enfin, tu cites des exemples où les femmes sont très représentées (je ne peux pas confirmer, je ne connais pas ce que tu cites). Je vais temporiser un peu. Premièrement, ce n’est pas parce qu’il arrive qu’il y ait beaucoup de femmes dans un contenu culturel que cela signifie qu’il n’y a pas de problème de représentation des femmes en général. Deuxièmement, tu l’as dis toi-même, il faut voir dans quels rôles les femmes et les hommes sont présentés, les chiffres n’étant pas nécessairement révélateurs du contenu, et une présence massive de femmes pouvant aussi être synonyme de scénario sexiste. Troisièmement, pour les présentateur/trices TV, je ne connais pas les chiffres pour le Japon, mais il me semble que le CSA en France n’a relevé que 34% de femmes à la TV malgré des chaînes d’info qui proposent des « couples » de présentateur/trices ou même des émissions présentées exclusivement par des femmes. Ces remarques précédentes répondent aussi à ta remarque sur les Idol il me semble : inviter un grand groupe de jeunes femmes (ce qui peut aussi arriver, mais plus rarement, en France) ne permet pas de passer au-dessus d’une moyenne de 34% de femmes à la TV en France.

      Donc, je continue de penser que les chiffres ont leur importance, ne serait-ce que pour aborder la question de la sous-représentation des femmes, qui est une question bien réelle. Ton commentaire me semble avoir vocation à atténuer le problème, voire à nier son existence en présentant des exemples ou des hypothèses censé.es prouver l’inverse. Cela m’invite justement à continuer à aborder ce sujet, car force est de constater que malgré un temps énorme passé à compter tous les personnages et à prendre toutes les précautions nécessaires (ne m’intéresser qu’au début de l’histoire, comparer le manga et l’anime, recompter plusieurs fois pour être sûre, etc.), malgré une ouverture sur d’autres chiffres montrant un mouvement similaire dans d’autres secteurs (en politique, à la TV, etc.) mes résultats continuent à paraître contestables.
      J’espère que mes autres articles t’intrigueront aussi. ^^

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  2. Ouah un article super intéressant ! Et pertinent de plus (tant qu’à faire). Ça me fait vraiment un plaisir fou de lire ça, notamment à propos de ce manga (que j’adore aussi, soit dit en passant), parce que le rapport homme/femme est assez choquant. Tous les surdoués sont des hommes, et la seule femme importante à une intelligence limitée, est folle amoureuse (ce qui, dans ce manga, l’a rend souvent stupide), est bien évidemment toute mignonne… Elle est celle qui se fait manipuler aisément, celle qu’il faut protéger, un élément de foire qui fait tourner la tête de ses messieurs,… Je trouvais ça assez abérant, sachant que le seul personnage féminin un peu intéressant est morte et qu’elle agissait uniquement pour venger son compagnon (ENCORE un personnage féminin qui existe uniquement parce que l’homme existe). Lorsque j’en parlais autour de moi on a vite mise dans la case, je cite : Furie féministe. Et lorsque tous le monde vous dit que vous abusez bah… Je suis une faible et je me remets en question. Mais je suis certaine que si on inversait la tendance, à si il y avait 80% de femmes
    à et 20% d’homme, ça choquerait tous le monde… Du coup MERCI pour cet article, merci, merci, merciiii ! 🙆

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    • Waouh, ça c’est un commentaire qui me fait plaisir. ^^ Je suis contente que mon article t’ait tellement plu.
      Je suis comme toi : il m’est difficile de ne pas me remettre en question si on me dit que je me trompe. Je ne pense pas que ce soit une faiblesse, c’est juste un signe de mauvaise confiance en soi. Tant que la remise en question reste soft, c’est plutôt sain. En tout cas, je préfère ça que croire que j’ai toujours raison. x) Et puis, ce doute me permet d’avoir envie de vérifier par moi-même, de trouver des preuves, et c’est une des raisons d’être de ce blog. 🙂

      Tu as tout à fait raison dans ce que tu dis. Misa est dépeinte comme une idiote/enfantine/sexy, Kyomi comme une femme orgueilleuse qui se croit intelligente et qui est sexy… Naomi Misora n’est « en chasse » que parce que son conjoint est mort. Sayu Yagami est gentille, joyeuse, mignonne, mais elle se fait enlever et devient dépressive. La mère de Light passe son temps à la maison à nettoyer et à faire les repas. Vraiment, il y a de quoi désespérer.
      Heureusement, on a l’espionne Aiber qui fait de la moto, fume, utilise des armes à feu, désactive des systèmes se sécurité, et qui est sexy (encore !). On a aussi Hal Lindner du SPK qui est intelligente, calme et sexy (encore !), mais elle se fait quand même observer nue dans la douche par Mello et semble avoir un intérêt pour lui… Ce n’est pas parfait, mais c’est déjà mieux.
      On peut constater aussi que tous les personnages très intelligents (Light, L, Near et Mello) ne sont pas le moins du monde attirés par les femmes, comme si être intelligent empêchait d’apprécier la compagnie des femmes. Ça en dit long, je trouve, sur l’idée que l’auteur de se fait des femmes.
      J’aurais beaucoup aimé qu’au moins un ou deux des quatre génies (Light, L, Near, Mello) soit une femme. J’aurais adoré que L soit « elle » (il y a des dessins de L en femme, donc je ne suis pas la seule). Mais malheureusement, cela n’a pas eu lieu… Cela n’en demeure pas moins un bon manga, mais avec des défauts.

      En tout cas, ici, tu ne seras pas traitée de « furie féministe » si tu fais un simple constat sur la façon dont sont exploités les personnages dans un manga. 🙂 J’espère que mon blog constituera pour toi un espace de réflexion où tu ne seras pas stigmatisée si tu as des questionnements féministes. 🙂

      Merci beaucoup de t’être abonnée et à la prochaine !

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  3. C’est vraiment très intéressant ! Je m’en étais bien rendue compte pour les personnages principaux ou secondaires, mais je n’avais jamais fait attention aux autres personnages qui ne font qu’apparaître.
    C’est un manga que j’adore mais, même s’il s’agit d’un policier, le fait qu’il y ait si peu de femmes me dérange quand même. Et c’est sans parler de leur rôle !

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    • Je te remercie. 🙂
      Moi non plus je n’avais pas fait attention en premier lieu. en lisant Death Note. Comme toi, le rôle des personnages principaux m’avait sauté aux yeux, mais le reste passait tout à fait inaperçu. On me reprochera sûrement de « prêter attention à des détails minuscules et inintéressants », mais je trouve au contraire que les éléments de décors, donc ceux qui sont le moins pensés et réfléchis, nous renseignent sur l’état d’esprit de notre société. 🙂

      Dans un autre style, j’ai éclairé récemment ma Wii et regardé les Mii (petits personnages) que j’avais crée. On peut les classer par sexe facilement, ce que j’ai fait. Quelle ne fut pas ma déconvenue de découvrir qu’à l’époque où j’y jouait (il y une petite dizaine d’années, quand j’étais au lycée), j’avais crée 3/4 de Mii hommes et 1/4 de Mii femmes, qui plus est en choisissant des couleurs et des expressions faciales très genrées. Évidemment, beaucoup représentaient des personnalités connues, mais cela montre à quel point l’espace public est masculin justement. D’où la conclusion de mon article : quand on ne fait pas attention, on est quasi toujours inégalitaire.

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      • Pinaillement, je ne pense pas – en tout cas, je trouve ça super intéressant et je croise que je vais tenter la prochaine fois que je lis un manga par exemple 🙂

        A contrario, j’ai toujours préféré créer des personnages féminins (les Sims, Mii, etc.). Mais j’ai effectivement l’impression que la majorité des personnes créent proportionnellement ou alors des persos majoritairement masculins.
        Du coup je pense à Pokémon : les starters sont le plus souvent des mâles. Comme tu le disais avec les dieux de la mort, ce sont pourtant des êtres fictifs. Mais pour les autres, c’est plutôt équilibré.

        Aimé par 1 personne

        • Oui, c’est une expérience intéressante à tester. N’hésite pas à re-passer ici si tu as des constatations ! 🙂

          Je n’avais pas du tout pensé aux Pokémon parce que je ne connais que la première génération où il me semble que le sexe n’existe pas encore.
          Par contre, il y a clairement des Pokémon « pour les filles » qui sont souvent roses (Rondoudou, le pokémon qui a une poche avec un oeuf et qui aide les infirmières, etc.). Il y aurait tellement de choses à décortiquer. x)

          Aimé par 1 personne

          • En effet, dans la première génération, il n’y a pas de sexe.
            Rondoudou, Leveinard (qui a la poche), Mélofée… Et d’un autre côté, il y a ceux clairement masculins (comme Machoc et ses évolutions). C’est certain, il y a de quoi faire 😉

            Aimé par 1 personne

            • Oui, tout à fait. Leveinard, c’est le nom que je cherchais. ^^

              N’oublions pas le rôle stéréotypé de la plupart des personnages : infirmière, policière sexy, professeur, beaucoup plus de garçons entraineurs, etc. D’ailleurs, j’avais violemment tiqué en remarquant récemment que, dans la version bleue du jeu sur Gameboy (ah, le terme « GameBOY » !) , on affronte des entraineuses qui ont pour désignation « canon ». Bref, elles sont désignées par le fait qu’elles sont très belles. Leur graphisme est tellement méchant que je ne comprends même pas qu’on ait pu penser à les représenter ainsi.

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