Une histoire de cheveux

Ces derniers temps, il m’arrive quelque chose de très étrange. Lorsque je me promène dans la rue, les regards s’attardent sur moi. On me dévisage tellement que même mon compagnon s’en est rendu compte un jour où il marchait à mes côtés. Les gens se retournent – littéralement – sur mon passage. Certaines personnes chuchotent entre elles (pas assez discrètement pour que je ne les entende pas) quand elles me voient. J’ai droit à des regards scrutateurs, des regards étonnés, des regards dégoûtés, des regards dédaigneux. La raison est simple : je suis une femme, j’ai vingt-trois ans, et depuis quelques mois, j’ai les cheveux courts. Très courts.

Revenons un peu en arrière. Au mois de mars, je décide de couper mes longs cheveux qui commencent à m’ennuyer. Un changement radical au point que la coiffeuse me demandera plusieurs fois si je suis sûre de moi avant d’accepter de les couper.

Je suis plutôt contente de ma nouvelle coupe, qui est bien plus pratique. Je suis à ce moment-là à Genève pour quelques mois, et je n’y rencontre aucun problème particulier : on ne m’y regarde pas plus que d’habitude. Tant mieux : être regardée avec insistance me met très mal à l’aise. De temps à autres, je vais sur Lyon pour y retrouver mon compagnon. C’est là-bas que les ennuis commencent.

Je constate que j’attire beaucoup les regards. Beaucoup plus qu’avant et beaucoup trop à mon goût. Quand je dis « regards », je ne parle pas du coup d’œil que l’on jette aux passant.es que l’on croise dans la rue : je parle de ce regard qui s’attarde, comme pour essayer de comprendre, souvent accompagné d’un visage exprimant au choix l’incompréhension ou la répulsion. Bien sûr, quand j’avais les cheveux longs, on me regardait parfois de cette manière, probablement à cause de mon style vestimentaire un peu « masculin » et le fait que je ne porte jamais de maquillage. Mais depuis que j’ai les cheveux courts, les regards sont vraiment plus nombreux et d’une toute autre intensité ; je vis des situations qui ne m’étaient jamais arrivées auparavant.

Des exemples ?

Cela fait plus de six fois que l’on me dit « Bonjour Monsieur » quand je rentre dans un commerce. Néanmoins, on me dit largement plus souvent « Bonjour Madame ». Cela ne me pose pas de problème. Par contre, cela en pose aux commerçant.es : « Oh, pardon Madame ! Excusez-moi ! » « Ce n’est pas grave. ». Je constate qu’il a suffi que je coupe mes cheveux courts pour que certaines personnes n’arrivent plus à m’assigner un genre. D’où, probablement, les regards dans la rue : on se demande ce que je suis.

Un soir, après avoir été au cinéma, mon compagnon et moi-même descendions les escalators de la Part Dieu. Deux jeunes adolescents s’avancent pour prendre l’escalator qui monte en sens inverse au moment où nous arrivons en bas du notre. L’un des adolescents s’arrête carrément pour nous fixer. Nous devons faire le tour pour prendre l’escalator du dessous. L’adolescent pivote à 360 degrés pour nous suivre (je suis à ce point-là perturbante). Je crois que ce qui lui posait problème, c’était de savoir de quel genre j’étais pour décider s’il avait affaire ou non à un couple homosexuel. C’est une supposition.

Prenons des exemples plus récents. Aujourd’hui, 16 juillet 2016, je pars faire un tour d’une heure et demi dans les collines autour de Cluny avec mon compagnon. Je suis habillée pour marcher : chaussures de randonnée, short en jean, tee-shirt, lunettes de soleil et casquette blanche. Je tiens un bâton à la main. Mon compagnon est vêtu de façon similaire. Après notre tour, nous rentrons dans Cluny pour retourner à l’appartement. Arrivé.es près d’un bar, je vois un homme (la vingtaine) assis avec un groupe mixte de jeunes du même âge que lui, dire à l’un de ses amis : « Retourne-toi ! Retourne-toi ! ». Le groupe se retourne et, en nous regardant, émet un bruit signifiant la répulsion : « Beuuuuaah ! ». Nous nous sommes éloigné.es qu’ils riaient encore.

Plus loin dans la même rue, nous doublons une femme qui a entre trente et quarante ans. Elle glisse alors pas du tout discrètement à la personne qui l’accompagne : « On dirait un garçon. ». Ce à quoi cette-dernière réponds en pouffant de rire : « Pfff ».

Vous pouvez voir ci-dessous, si vous avez le cœur bien accroché, à quoi je ressemblais ce jour-là. Je suis au second plan, et je ne porte pas ma casquette blanche.

Sans titre 4

Je ne compte pas bien sûr tous ces regards parfois franchement hostiles qui se posent sur moi, me détaillent de la tête aux pieds, dès que j’ai l’audace de mettre un orteil dans la rue. Campagne, grande ville, pas de différence. Enfants, adolescent.es, adultes, seniors, j’intéresse tout le monde. Les pires regards sont probablement ceux des autres femmes et des adolescent.es, parce qu’ils sont souvent accompagnés de chuchotement et de rires.

En coupant mes cheveux si courts, j’ai enclenché un phénomène qui m’était jusqu’alors inconnu. Tandis que certains se demandent si je suis un homme ou une femme, d’autres me jugent sur mon apparence en me considérant avec antipathie. Puisque je connais d’autres femmes aux cheveux courts qui n’ont pas ce type de problème, j’imagine que c’est parce que je cumule effrontément une coupe plutôt « garçon » et un style vestimentaire peu féminin. Je sais que tant que mes cheveux seront si courts, on me regardera bizarrement, on murmurera sur mon passage, on éclatera de rire, on me montrera du doigt, on s’autorisera à se montrer ouvertement méchant à propos de mon apparence. Je pense déjà à me laisser pousser les cheveux à nouveau. Je suis une femme, j’ai vingt-trois ans, et en me coupant les cheveux courts je suis devenue une bête de foire.

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31 commentaires

  1. J’avoue que je suis stupéfaite par ton témoignage, je ne pensais pas que des cheveux courts pouvaient déclencher ce genre de réactions. J’ai eu les cheveux très courts à une époque et je ne porte pas vraiment des vêtements dits féminins (je suis toujours en pantalons (achetés chez les hommes d’ailleurs), je préfère les t-shirts amples, etc.), mais je n’ai jamais eu ce genre de réaction. Si je les ai finalement laissés repousser, c’est seulement parce que j’en avais marre d’aller chez le coiffeur (même si c’est tellement pratique les cheveux courts !). Du coup, je me dis qu’il y a vraiment du chemin à faire pour changer les mentalités…
    Mais je trouve vraiment dommage pour toi si tu laisses le regard des gens te changer ou te contraindre à retrouver la chevelure qu’ils attendent d’une femme. Je sais que ce n’est pas toujours évident de se moquer du regard des autres, mais c’est triste de renoncer à ce qu’on est à cause de quelques imbéciles…

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    • Je suis contente de savoir que ça ne se passe pas toujours comme ça. ^^ Heureusement que certaines femmes aux cheveux courts et au style vestimentaire androgyne peuvent se promener sans qu’on les ennuie avec des remarques, des attitudes ou des regards moqueurs ou méchants.

      Par contre, comme je le dis en réponse à un autre commentaire, je n’ai pas changé de coupe uniquement à cause des remarques (voir mes réponses précédentes, où j’explique les autres raisons). A noter aussi que je fais de l’anxiété sociale, et que donc même « quelques imbéciles » peuvent radicalement me pourrir ma journée. J’ai fait ce qui m’a semblé le mieux pour moi, pour mon ressenti émotionnel, pour mon envie de sortir dehors, pour ma confiance en moi. Cela ne m’empêche pas de sortir non épilée (ni les sourcils, ni les jambes, ni les aisselles, ni l’entre-jambe mais ça ne se voit pas ^^), ni de faire des études dans le domaine de genre (études forcément tournées vers le changement), ni d’être engagée pour qu’on laisse les femmes tranquilles dans la rue.

      Je pense qu’il faut faire une distinction entre deux choses : 1) ce qu’on aimerait que les choses soient, ce pour quoi on se « bat » 2) ce qu’on est en capacité de faire à son échelle, de supporter et d’assumer. Certaines de mes collègues de Master, bien que féministes elles-aussi, continuent à se sentir plus à l’aise en s’épilant, ce qui ne les empêche pas d’être contre la quasi imposition de l’épilation pour les femmes dans la société actuelle. Leur reprocher le décalage entre leurs positions théorique et pratique risque fort de les mettre en porte-à-faux, de les faire culpabiliser, et de ne pas avoir d’effet positif puisqu’elles savent déjà qu’il existe un décalage et que pour le moment elles ont choisi cette position en connaissance de cause. C’est un peu la manière dont je prends les commentaires qui me disent qu’il est dommage que j’aie renoncé à mes cheveux courts. Je l’ai fait par choix, pour moi, pour prendre soin de moi, et j’en suis vraiment contente. Je n’aurais pas supporté que ces remarques continuent, j’aurais été incapable de les endurer. Cela ne m’empêche pas de déplorer que la pression sociale d’inconnu.es soit si forte qu’elle puisse pousser quelqu’un à se cacher, à changer sa coupe ou son style, etc.

      J’espère que tu comprends ma réponse. ^^ Il ne s’agit aucunement d’une attaque, je voulais que tu saches que je ne trouve pas dommage d’avoir changé de coupe, qu’il est véritablement impossible pour certaines personnes (dont moi) de se moquer du regard d’autrui, et que je reste mobilisée contre tous les types d’imposition faites aux femmes comme aux hommes. Je soutiendrai évidemment toute personne qui sera capable d’assumer les cheveux courts et les remarques reçues (s’il y en a) tant que cela ne provoque pas chez elle une souffrance importante que la repousse des cheveux pourrait solutionner.

      Voilà donc ma réponse. 🙂 J’espère te revoir bientôt (merci pour ton abonnement !).

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      • Non, mais je ne te juge pas, ou je ne disais pas ça méchamment. Je trouve dommage pour toi que tu renonces à une coupe de cheveux que tu aimais et avec laquelle tu étais bien, mais je sais parfaitement que le regard des autres ou le poids de la société n’est pas toujours facile à gérer. C’est aussi le cas pour moi qui n’aime pas trop être remarquée. Il y a des choses qui ne me posent aucun problème (par exemple, l’opinion de celles et ceux qui me jugeaient quand je vivais avec une fille ou qui me jugent actuellement à cause de la différence d’âge avec mon compagnon m’indiffère totalement et je les attends au tournant d’ailleurs ^^), mais il y a d’autres choses qui me mettront plus mal à l’aise. Par exemple, tu parles de l’épilation, je suis extrêmement horripilée par l’injonction que la société fait aux femmes, je la dénonce autant que possible, c’est pour ça que j’essaie de résister autant que je peux (d’autant plus que ça me gonfle énormément de m’occuper de ça), mais il arrive toujours un palier où je ne me sens plus à l’aise et où je craque (l’été, avec la baignade et tout). Donc c’est le même cas, j’aimerais m’en moquer totalement mais je n’y arrive que jusqu’à un certain point.
        Evidemment, le but n’est pas de te pourrir la vie, donc je comprends totalement ton choix et je n’ai pas voulu te vexer ou autre. Ma remarque n’avait absolument pas l’intention de te montrer du doigt pour dire « oh, elle dit des choses, mais elle ne le fait pas elle-même ! ». Mes reproches vont aux inconnus qui t’ont poussée à changer d’avis et à la société dans laquelle nous vivons.
        Je suis désolée que tu m’aies mal comprise, mais je suis à 100% d’accord avec tout ton message et je l’ai toujours été.

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        • Excuse-moi alors d’avoir mal pris ton commentaire, je ne voulais pas t’embarrasser. ^^’ Je ne voulais pas non plus dire que tu étais méchante dans ton commentaire, je trouvais seulement ton propos maladroit et potentiellement peu sympathique. C’est simplement que m’entendre dire « dommage que tu aies changé de coupe à cause de la pression sociale » me semble culpabilisant pour moi, même si ce n’est pas ce que tu veux exprimer. C’est mon ressenti de ce type de commentaire, et ne t’inquiète pas je comprends bien que ce n’est pas ce que tu essayais de faire passer (même si au premier commentaire on ne peut pas être sûre). ^^’ Donc mes excuses si ma réponse t’a semblé à côté de la plaque et agressive, j’ai un peu de mal avec les commentaires qui semblent (qui semblent, j’insiste) me reprocher d’avoir « cédé à la pression ».

          Je vois que tu comprends assez bien ce que je ressens puisque tu t’es trouvée toi-même confrontée à ce type d’embarras qui fait que la pression normative de la société est tellement omniprésente et/ou intériorisée qu’elle est difficile à dépasser. Je suis très admirative des personnes qui réussissent à passer outre les commentaires désagréables (sur leur physique, leur couple, leurs choix de vie, etc.) parce que j’ai l’impression de ne pas y arriver moi-même (même si je suis dure avec moi-même, j’y arrive parfois). Je pense que c’est quelque chose qui doit se décider au niveau personnel : quand on aimerait désespéramment s’en tenir à ses choix et résolutions mais que la pression sociale ou le sentiment d’inconfort personnel nous rattrapent, nous seul.es pouvons savoir jusqu’à où nous pouvons tenir et les supporter en vivant les choses bien.

          Bref, bravo pour ta capacité à ignorer voire à rire des commentaires déplacés que les gens te font sur ton couple. Et quand tu n’arrives pas à te moquer complétement de ton propre regard et de celui des autres sur ton épilation, fait comme tu le sens, c’est très bien aussi. 🙂 Je pense que ce qui compte c’est de parvenir à s’aimer soi-même et à faire tomber les barrières qui nous empêchent d’être comme nous le voudrions en toute tranquillité. Voilà que je fais dans l’utopie, il est temps que je me couche. x)

          Merci d’être venue me répondre. 🙂
          A bientôt j’espère !

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          • Non, mais je me suis peut-être mal exprimée effectivement, et auquel cas, je suis vraiment désolée. Et je comprends que tu puisses avoir ce sentiment, surtout si tu as eu plusieurs commentaires comme ça (je les ai un peu parcourus, mais je ne les ai pas tous lus en détail).
            Je ne sais pas si c’est utopique, je pense qu’on recule peu à peu ses barrières, on ne peut pas tout révolutionner en un clin d’oeil et il faut aussi parfois désapprendre des choses que l’on a inconsciemment intégrées à notre façon d’être.
            Après, par rapport à mon physique, j’ai aussi du travail à faire pour dépasser mes propres commentaires désagréables ! Les gens sont généralement plus tendres que je ne le suis envers moi-même. ^^
            A bientôt en tout cas ! 🙂 (Et la prochaine fois, je ferai plus attention à la façon dont je formule mes idées, promis !)

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  2. Olala, je me revois il y a 15 ans…

    Les cheveux, c’est important. Pour moi, ils font partie de l’expression de notre genre, qui n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle, et qui est un constituant de l’identité.
    Le genre ne se justifie pas, ne s’explique pas, et ne devrait pas être jugé.

    Hélas oui, on nous donne sournoisement du Monsieur et nous attirons les regards et mots lourds de ceux qui vivent dans un monde binaire. Oui, leur certitudes ne nous aident pas à être nous-mêmes. Oui, ils nous contraignent à développer une carapace supplémentaire. Mais nier son genre est la dernière chose à faire.

    Après avoir moi-même très longtemps douté de pouvoir tenir le coup entre « cheveux courts=jugement des autres », et « cheveux longs=refus d’une partie de moi-même », j’ai fini par choisir. Aujourd’hui, je garde mes cheveux courts (et mes fringues de garçon) et j’ai accepté le fait que ce sera toujours un combat.

    A l’heure où j’écris ces mots, tu as peut-être laissé pousser tes cheveux, ce que je comprends sans peine au vu de ton témoignage. Mais si l’envie de les recouper revient, alors crois-moi, fais-le. Pour toi, ta construction, ton estime et ta confiance en toi. Ce que disent les autres n’engage qu’eux et leurs balivernes normatives ne devraient pas t’atteindre.

    Peut-être connais-tu déjà ce blog étonnant d’un amoureux des femmes aux cheveux courts dont les mots, parfois, me touchent, m’encouragent et me confortent. http://www.les-femmes-aux-cheveux-courts.com

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    • Je te remercie pour ton commentaire et pour ton abonnement à mon blog. ^^ Par contre, je ne suis pas très d’accord avec certaines choses que tu dis.

      « Mais nier son genre est la dernière chose à faire. » : je n’ai pas le sentiment d’avoir nié mon genre. Mes cheveux font partie de mon identité, comme le reste de mon corps, et s’ils peuvent exprimer le genre que j’ai choisi, ils ne peuvent pas le définir à eux seuls. J’ai, plusieurs fois au cours de ma vie, coupé mes cheveux courts et porté mes cheveux longs. Dans chacun des cas, je l’ai fait parce que j’avais envie d’être contente de mon apparence, pour expérimenter ce que je pouvais faire avec, et pour des raisons pratiques (je déteste passer du temps à me coiffer). Au niveau capillaire, je n’ai pas peur du changement. Cela signifie donc que mon identité de genre s’accorde très bien avec ma coupe de cheveux, qu’elle soit courte, mi-longue ou longue. Même quand mes cheveux tombaient au milieu de mon dos, je ne me sentais pas moins « moi ». J’ajouterai que mon style vestimentaire, qui varie entre le féminin, l’androgyne et le masculin, ne m’empêche pas de me sentir moi ou d’exprimer mon identité. C’est pourquoi avoir choisi de laisser pousser à nouveau mes cheveux ne constitue pas pour moi le fait de « nier mon genre » (mais je peux comprendre que ce soit le cas pour toi). D’ailleurs, ce ne sont pas uniquement les remarques qui m’ont fait choisir la repousse, mais aussi le fait que je n’étais pas satisfaite de cette longueur (à cause de la forme de mon visage), que porter les cheveux si courts ne m’obligeait pas moins à les coiffer avec du gel (ce qui me grattait le cuir chevelu) sans quoi ils me tombaient sur ma tête. Je suis néanmoins très contente que les remarques d’inconnu.es aient cessées.

      « Mais si l’envie de les recouper revient, alors crois-moi, fais-le. Pour toi, ta construction, ton estime et ta confiance en toi. Ce que disent les autres n’engage qu’eux et leurs balivernes normatives ne devraient pas t’atteindre. » : pour le moment, je suis satisfaite d’avoir fait pousser mes cheveux. Mais ayant changé de nombreuses fois de longueur, je ne peux rien promettre quant au futur. ^^ Par contre, pour ce qui est de la confiance en soi, porter les cheveux courts et recevoir des remarques d’inconnu.es participait à la faire très sensiblement diminuer. Je sais que cela « ne devrait pas » m’atteindre, et j’ai bien conscience que ce serait plus sain pour moi. Mais dire à quelqu’un « tu ne devrais pas stresser » n’a jamais empêché qui que soi de stresser. Ce que je veux dire, c’est que si ces commentaires d’inconnu.es m’ont atteinte, ce n’est pas faute de me répéter « tu devrais t’en ficher, Anna-Lise ! ». Mais voilà, quand on est émotionnellement touché.e, on ne peut pas conjurer une émotion par la raison : ça ne marche pas, et cela ne fait qu’empirer les choses puisque l’incapacité à « s’en ficher » ne fait que créer de la culpabilité (ce dont je n’avais guère besoin). Par ailleurs, je fais de l’anxiété sociale, et par conséquent le jugement des inconnu.es me pèse plus que la moyenne. C’est quelque chose qui ne s’atténuera qu’avec des années de pratique (psy, médocs, etc.), quelque chose que je ne peux pas changer d’un claquement de doigt.

      J’imagine que tu voulais me soutenir par ton commentaire, et j’apprécie ton intention. Mais crois-moi, je suis plus heureuse quand les gens ne prêtent pas attention à moi, je me sens moi-même avec ma coupe actuelle, et je suis très contente d’avoir changé de coupe. Cela ne m’empêche pas de déplorer l’attitude normative des gens, leur méchanceté, ou de recommander à quiconque de s’aimer soi-même avant tout. Mais je ne recommanderai jamais à quiconque de se moquer du regard d’autrui, parce que j’ai trop souffert qu’on me le dise mais que je sois incapable de le faire. Quoi qu’il en soit, si toi tu y parviens, je suis contente pour toi. Je te souhaite de continuer sur le chemin que tu as choisi, et bravo pour ton courage.

      Je te remercie pour le lien vers le site, et j’espère que tu ne prendras pas mal ma réponse : je ne me voyais pas garder pour moi les sentiments mélangés que m’a inspiré ton commentaire.

      A la prochaine j’espère. 🙂

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      • Je ne peux pas prendre mal ta réponse. Les mots n’apportent jamais avec eux les voix, les intonations, les gestes et les regards, ce que je regrette toujours dans mes conversations sur le web. En plus je ne manie pas l’écrit avec aisance. Et nous ne nous connaissons pas !

        Nous sommes juste différentes alors. 🙂 Tu n’as pas le sentiment de nier ton genre, ok. Loin de moi l’idée de te faire adhérer à ce qui n’est qu’issu de mon expérience. J’ai cru que les regards et remarques blessants t’empêchaient de porter des cheveux courts.

        Les cheveux ne définissent pas le genre à eux seuls, absolument. Ils ont cependant chez moi une importance marquée, dans le sens où, contrairement à toi, je n’ai pas le choix. Pareil pour les vêtements. Quand je dis « nier son genre », c’est vraiment ce que je ressens. Mon genre serait-il moins fluide ? Le tien aurait-il un champ des possibles particulièrement large ?
        Je suis navrée d’apprendre que tu fais de l’anxiété sociale. Quelque part, je me dis que ton genre « caméléon » te sauve de quelque chose de pire, car finalement tu peux t’adapter sans te perdre toi-même. C’est une chance non ? 😉 (Courage à toi dans cette épreuve)

        On ne peut pas conjurer une émotion par la raison. Voilà qui est vrai. Bien sûr, les regards et remarques blessantes m’atteignent toujours. C’est juste dans mon attitude, dans ma gestion du conflit latent, dans la façon d’être au-delà de la mauvaise intention de l’autre, que j’ai évolué. Et puis avec les répétitions, on s’habitue, un peu.

        Merci pour ta réponse. A la prochaine alors 😉

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  3. Je n’aurais jamais vraiment imaginé que les gens puissent réagir de la sorte pour une simple coup de cheveux, et surtout en ville… (je ne veux pas dire que les citadins sont forcément plus tolérants mais bon en général, la ville est le lieu de la diversité, et les gens sont plus « habitués »… enfin je dis ça, mais quand je portais des vêtements lolita ça n’allait déjà plus alors finalement c’est peut-être pas si étonnant…).
    C’est vraiment sidérant… Tu as bien fait de dénoncer ces regards bien trop insistants dans ton article. J’aimerais que les gens arrêtent de se juger les uns les autres. J’aimerais que la « différence » et la nouveauté, en tant que quelque chose qui sort des normes imposées, ne soit pas sans cesse remise en cause et cesse de faire peur à ce point. En tout cas, tu as bien de la force de supporter ces réactions.

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    • Moi non plus je n’avais pas du tout imaginé que ce genre de chose se produirait… Je pense que tu as raison de dire qu’en ville, l’intolérance est certainement moins puissante (il doit certainement y avoir des études là-dessus, il faudrait que je regarde) ne serait-ce que parce que la faible quantité de monde dans les campagnes invite à juger les personnes « étranges » ou étrangères à la campagne de façon plus forte ; tandis qu’en ville, on croise des inconnu.es tous les jours, ce qui limite la possibilité de juger une seule personne. Cela n’empêche évidemment pas les jugements sur le physique comme je l’ai constaté. Et puis, tu l’as peut-être vu, mais j’ai eu d’autres témoignages en commentaires qui confirment que je ne suis malheureusement pas la seule dans mon cas.

      Tu sais, je ne me sens pas si forte. ^^’ J’ai préféré changer de coupe plutôt que de continuer à affronter ces regards et ces réflexions malsaines. Je suis assez sensible et anxieuse socialement, et le regard des inconnus me pèse beaucoup. J’aurais aimé m’en moquer, mais je ne pouvais pas : cela m’affectait trop que des inconnus me jugent méchamment.
      Moi aussi, j’aimerais que les gens aillent vers plus de tolérance pour la différence. Ça arrive à tout le monde d’être surpris.e ou intrigué.e par le style de quelqu’un, mais est-ce la peine de faire des messes basses, de regarder en se moquant ou de balancer des réflexions à voix haute ? Je ne crois pas.

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      • Oui, et ce sont aussi ces autres témoignages qui me font davantage prendre conscience que, même en ville, les gens n’en sont pas moins cruels. C’est vraiment déprimant.
        Oh je comprends totalement ton choix, en tout cas sache que je te considère bien courageuse d’avoir « supporté » ces regards pendant un certain temps (à ta place je n’aurais plus osé sortir je crois…). Face à tant d’imbécilité, parfois il vaut tout aussi mieux ne pas se mettre trop en « danger » non plus. Si jamais tu en ressens l’envie, tu pourras toujours retenter une coupe courte quelques années plus tard.
        En tout cas, on a beau être au XXIe siècle, il faudra toujours se battre contre les préjugés… Les gens feraient mieux d’être plus attentifs à leur tri sélectif plutôt qu’à l’apparence de leurs congénères dans la rue !

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        • Je suis bien d’accord sur le tri sélectif, et je trouve la comparaison excellente. ^^

          Mais malgré ma coupe plus longue, je n’échappe pas aux remarques. Ces derniers temps, il fait chaud alors je sors les tenues courtes adaptées à la saison. En quatre jours j’ai collectionné les remarques sur mon physique et les zieutages de haut en bas et de bas en haut par des hommes de toute évidence avides de morceaux de peau dénudés. Ces regards/remarques ont des vocations différentes que celles faites à l’époque sur ma coupe, mais l’effet reste le même : il est désagréable de sortir quand on sait qu’on va être regardée, commentée, interpellée par des inconnu.es (dans le cas de la « drague de rue », uniquement par des hommes). Il faudra que je fasse un article sur le harcèlement de rue, d’ailleurs.
          Bref, il y a un long chemin à faire pour ne pas que les femmes et les personnes vues comme « bizarres » (en raison de leur style, de leur coupe de cheveux, de leur poids, etc.) aient à choisir entre rester terrées chez elles et sortir pour subir la pression collective des passant.es dans la rue.

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          • Haha, oui c’est parce que c’est du vécu x) Ces derniers temps, je fulmine de voir les bacs jaunes de mon immeuble remplis de tout et n’importe quoi, et je ne peux pas y faire grand chose (c’est le pire dans tout ça). Enfin, c’est un tout autre sujet de société ^^

            Ah, voilà effectivement un autre problème… Tu devrais en faire un article, oui. C’est quand même terrible que les gens se permettent tous ces regards… On ne va pas se forcer à sortir en pantalon et pull au beau milieu de cette canicule !

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  4. Olala je te comprends tellement! J’ai toujours eu les cheveux très longs jusqu’à l’an dernier et j’ai eu une irrésistible envie de les couper courts (je ne supportai plus mes cheveux longs), j’ai commencé par 5-6 centimètres puis par la suite des coupes plus courtes, presque rasé sur les côté si la question du genre ne s’est pas posé (j’ai un corps que l’on qualifie de »généreux » en terme de courbes). Tout le monde s’est soudain senti très concerné par la question de ma sexualité. La première fois qu’un garçon m’a abordé dans un bar en me demandant après moins de 30 secondes de conversation si j’étais lesbienne, ça m’a fait rire. Mais quand ce sont des personnes plus proches de moi (des amis, de la famille) qui se sont mis à me considérer homosexuelle sans autre forme de procès (alors que la question ne s’était jamais posée avant, je suis hétéro et ils le savaient), j’ai été très surprise au début, je me moque bien de savoir ce qu’on pense de moi mais c’est incroyablement fatiguant de s’entendre demander par des personnes que je connais depuis des années si je suis lesbienne. Couper mes cheveux serait donc un symbole de coming out. A croire que la sexualité est incrusté dans les longueurs de nos cheveux. En plus d’un coup tout le monde s’est mis à me dire que j’étais une femme assez virile, enfin c’est quoi ces conneries? Je suis vraiment fatiguée de voir que tout le monde a inconsciemment cette image de la femme qui a des cheveux longs, s’habille avec élégance et soin, porte des talons et blablabla, c’est ulcérant car tout le monde projette cette image sur moi en comparant tout ce qui ne va pas chez moi. Je suis fière de mes cheveux courts et de qui je suis, mais j’aimerais surtout qu’on me laisse vivre en paix!

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    • Eh bien, voilà un témoignage qui me touche (merci de l’avoir partagé !) et qui montre bien l’ampleur du problème. Tu le dis très bien, les cheveux sont reliés à la sexualité dans l’imaginaire collectif (tout comme ils sont liés à un certain genre en fonction de la longueur et du type de coupe). Je suis vraiment atterrée que tu aies ainsi reçu des remarques et des questions indiscrètes sur ta sexualité… Comme quoi, le mythe de la lesbienne aux cheveux courts est bien vivace !
      C’est clairement fatiguant que des gens se permettent de nous jauger à l’aune de « ce qu’il faudrait être/faire quand on est une femme », surtout quand ce sont des personnes proches (familles, ami.es) à qui on fait confiance et dont on a le sentiment qu’elles nous connaissent bien. Moi aussi j’aimerais beaucoup qu’on me laisse en paix avec ça. Il a fallu que je me batte pour que ma famille arrête de me dire que j’avais un trop gros ventre et que j’étais trop grosse (je fais 1m70 pour 64 kg, et j’ai le ventre qui gonfle facilement quand je mange). Ma mère m’a longtemps dit que j’avais l’air malade parce que, tout simplement, je ne me maquillais pas. Enfin bon, je suis certaine d’avoir d’autres articles à faire sur la question des jugements physique (par exemple sur l’épilation ou le port de soutif) parce qu’il y a du travail de ce côté-là.
      Encore merci d’avoir apporté ton témoignage ! C’est vraiment précieux pour moi de voir que ce que j’écris résonne dans la vie d’autres personnes. Et puis ça me permet de savoir ce qui se passe en dehors de ma vie. 🙂

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      • Haha moi ça me fait rire les gens qui jugent les autres « gros », moi je fais 1m60 pour 80kg et je ne laisse personne juger mon poids, ils se le prennent généralement bien dans les dents car à force j’ai tout un placard de parades contre les jugements débiles, de toutes façon je collectionne ce que les autres appellent des « imperfections » je suis petite, ronde, j’ai une poitrine astronomique (bonnet H) les gens sont souvent surpris de voir que non je n’ai pas de problème avec mon corps, c’est vraiment eux qui ont un problème avec leur regard! Après je ne dis pas que je n’ai jamais eu aucun complexe avec mon bidon, mes seins pas pratiques, mes mollets de cycliste ou autre. Mais j’ai décidé d’arrêter de juger (du moins autant que faire je peux) les autres et moi même, et la vie est beaucoup plus facile comme ça! C’est pour ça que la question du genre me tient à cœur et j’essaye de parler autour de mois de la trop forte pression sociale des genre. Une femme ne sera jamais un homme du point de vue biologique certes mais quand je vois qu’un enfant pas encore né est déjà destiné à porter du rose ou du bleu, à danser ou faire du rugby, etc., je m’inquiète. Est ce que des petits garçons sont morts après avoir porté un t-shirt rose? Je ne pense pas! Il y a à peine trois jours encore je m’extasiait sur la démarche gracieuse de mon petit cousin et j’ai dit à sa mère qu’avec de si jolies pointes à deux ans à peine il voudra peut-être danser et elle a cru que c’était une blague et m’a dit que le père ne voudrait jamais, et que l’enfant ferra surement du rugby ou du foot.Notre sexe biologique code t’il donc notre vie sociale? C’est aberrant pour moi et je suis chaque jour plus surprise de voir à quel point c’est encré dans notre société… En tout cas ça me fait aussi chaud au cœur que je ne suis pas la seule dans ce cas! Et même si je ne te connais pas, crois moi tu es très bien comme tu es! =D

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        • C’est vraiment très gentil de me dire ça. 🙂 Contrairement à toi, j’ai beaucoup de mal à me faire une carapace et je suis facilement atteinte par les commentaires désagréables qu’on peut me faire, d’autant plus si je les trouve injustes. Tu as tout à fait raison de t’en moquer au maximum, je pense que c’est ce qui est le plus sain pour la confiance en soi, mais c’est très difficile pour moi en tout cas. Tu as complètement raison de te sentir bien dans ton corps, bien avec toi-même, de t’assumer même si tu ne corresponds pas au standards de beauté (quelles saletés ceux-là !), d’envoyer paître les gens qui voudraient que tu culpabilises ou que tu changes. Les « imperfections » (encore un terme inventé pour nous faire culpabiliser et acheter des produits), c’est généralement la société qui les forme et qui les impose par la publicité, les films, ou tout autre support à grande échelle. C’est difficile d’y être imperméable, mais résister à la pression sociale comme tu le fais est à mon avis salvateur. Soyons nous-même et aimons-nous !

          Nous partageons le même sentiment, je crois. Faire des analyses me permet de relativiser, de prendre de la distance, d’inscrire tout cela dans un schéma global. Le sexisme est les inégalités ont tendance à me rendre facilement triste et à me mettre en colère (d’ailleurs, l’histoire de ton petit cousin… c’est rageant), aussi les analyser sur le plan rationnel (ou en tout cas le plus rationnellement possible) me permet de me dire qu’on peut peut-être montrer aux gens que ces idées reçues, ces stéréotypes, ces préjugés, portent atteinte à la liberté des autres et à leur développement (estime de soi notamment). Bien sûr, tout n’est pas rationnel (j’ai tendance à vouloir tout rationaliser) et le sujet de l’égalité est très sensible émotionnellement parlant, donc peu rationnel. Mais j’ai l’espoir que mes analyses puissent servir à faire réfléchir, ouvrir le débat, voire modifier des choses à ma petite échelle.

          En tout cas, pour ton petit cousin, ne baisse pas les bras. Pour ma part, quand mes parents ont un comportement sexiste, je leur dis autant que possible et on en discute si besoin. Ma mère et ma sœur ont beaucoup réfléchi par mon impulsion, et j’en suis très fière. 🙂

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          • Oh ça je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire de se moquer du jugement des autres, personnellement ça m’a pris des années! Encore maintenant quand on me fait une remarque négative il m’arrive de me regarder longtemps dans le miroir à réfléchir sur ce défaut et pourquoi il ne devrait pas en être un. Toute cette pression sociale m’attriste parfois beaucoup car on ne s’aide pas en jugeant les autres, et surtout on fait de nous des produits de consommation que l’on classe en fonction de standards inatteignables. Mais c’est génial qu’il y ai des personnes comme toi pour montrer les failles de ce système! Un ptit truc + un ptit truc pourront finir par faire changer les choses, ça prendra longtemps mais ça reste possible! Pour mon petit cousin je lui expliquerai directement à lui quand il sera en âge de comprendre qu’il a droit de faire ce qu’il veut, le plus important c’est d’ouvrir l’esprit des générations les plus jeunes et à venir pour les libérer des chaînes que nos générations subissent encore! Comme toit je suis tellement heureuse quand j’arrive à faire réfléchir ne serait ce qu’un peu quelqu’un! Mais parfois ce n’est pas facile, mon petit frère est très très influencé par ce qui l’entoure et la société et je m’arrache les cheveux à lui faire comprendre que non les blagues homophobes et racistes ça n’a rien de drôle…

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            • Je m’incruste dans votre discussion (^^’) car l’évocation du sexisme et des stéréotypes qui se font jour dès l’enfance (et ce uniquement à cause des adultes), c’est un sujet qui m’intéresse parce qu’il me révolte tant.
              Je me rappellerai toujours de nos cours de sciences sociales au lycée, notre prof était un virulent opposant de la sexualisation des enfants, et on a longuement parlé des catalogues de jouets, et des vêtements que les adultes offrent aux nouveaux-nés… Il ne s’agit pas d’empêcher quiconque d’acheter une layette rose à ma petite nièce, parce qu’à force il ne faut pas que mon point de vue se tourne vers le mauvais camp, mais j’aimerais tellement faire comprendre aux gens que « rose » n’est pas égal à « féminin ». Le problème c’est que même moi, face à un bébé qui porterait du rose et que je croiserais en pleine rue, je me poserais la question de savoir si c’est une fille ou un garçon. Alors je ne sais pas, il faudrait qu’on se fasse lessiver le cerveau pour ne plus se poser de telles questions xD
              Quoiqu’il en soit, je tâcherai d’élever mes enfants (quand j’en aurai) en-dehors de cette sexualisation, parce que comme je le disais dans ma chronique de la BD Bichon (dont c’est d’ailleurs tout le propos), une fillette qui joue à des jeux « de garçon » ça ne choque presque personne (et il y a même un mot pour ça : « garçon manqué », comme ça, on sait quoi dire et on n’a plus peur de la différence), mais un garçon qui joue « à des jeux de fille », c’est la fin du monde…
              Voilà, désolée pour mon intrusion, en tout cas je suis totalement d’accord avec toi, Claire, au sujet de ton petit cousin !

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              • Pas de souci pour l’intrusion, ce n’en est pas une, les commentaires sont faits aussi pour ça. ^^
                Pour te répondre, je vais juste faire quelques remarques et correction. On ne parle pas de « sexualisation » dans ce cas (ce terme-là renvoie à la sexualité), mais plutôt de sexuation, de différenciation, de socialisation genrée ou de ségrégation genrée. Il va falloir que je remplisse la partie Lexique de mon blog, il y a pas mal de choses à dire et j’ai tendance à m’y perdre moi-même. ^^

                Je pourrais faire un article entier sur la raison pour laquelle il est vu comme plus acceptable qu’une petite fille joue à un jeu « de garçon » que l’inverse, car il y a des raisons étudiées au fait que les garçons soient plus violemment cantonnés à des jouets « de leur sexe ». Par contre, je ne suis pas d’accord pour dire qu’il est toujours vu comme positif qu’une petite fille joue à des « jeux de garçons ». Le terme « garçon manqué » peut être dit positivement ou négativement, cela dépend de la connotation qu’on lui donne. Il renvoie l’idée qu’on a manqué un garçon en faisant une fille (l’idée qu’il vaudrait mieux avoir des garçons est très ancienne et historiquement très forte quasiment partout dans le monde) et même que la fille serait nécessairement moins bien qu’un garçon (« Elle joue comme un garçon, mais ce n’est qu’une fille, donc un garçon manqué, pas un vrai garçon. »). Le terme en lui-même est assez horrible quand on pense à ce qu’il contient.

                Pour ce qui est d’élever ces enfants en dehors de ça, c’est difficile pour deux raisons : 1) toute la société fonctionne sur cette différenciation des sexes 2) on a soi-même tellement intégré ce code qu’on va rarement jusqu’au bout de la remise en question du système.
                Bref, il faut lire, ce renseigner, pour se « déconstruire » (comme certaines féministes le disent) ou pour commencer à se construire différemment (je préfère cette métaphore) et pouvoir transmettre ça non seulement à ses enfants, mais faire infuser ces idées autour de soi. C’est aussi ce que je fais avec ce blog. ^^

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                • Je te remercie pour la précision lexicale, d’autant plus que j’ai utilisé ce terme dans ma chronique de Bichon sur mon blog (je n’étais pas vraiment bien armée pour parler de tout ça je crois, du coup je pense que j’irai corriger en te remerciant ^^).
                  Effectivement, j’aurais pu encore plus nuancer mon propos. J’ai surtout abordé la question en surface en constatant que ce terme n’existe que pour les filles et pas pour les garçons.
                  Je serai très intéressée par un article sur ce sujet-là, je pense que tu m’apprendrais des tas de choses, d’autant plus que c’est un sujet qui me tient à cœur aussi.
                  Ton petit 2) est tout à fait vrai, et c’est justement ce que je ressens lorsque je me retrouve dans ce genre de situation. Mais je ne veux pas pour autant m’empêcher d’acheter des petites voitures à un garçon, ou une robe rose à une fille… La question est, jusqu’où aller véritablement dans la reconstruction ?

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                  • De rien pour le précision. Comme je le disais, il est tant que je remplisse la partie Lexique de mon blog, qui ne contient pour le moment qu’une unique définition. ^^’ Mais comme je fais mon mémoire, ça devra attendre un peu encore.
                    Tu veux dire un article sur le terme « garçon manqué » ? Ça peut être une idée. 🙂

                    De mon point de vue (et ce qui est conseillé en psychologie sociale), le mieux est de ne pas d’un seul coup tout inverser et offrir uniquement du rose aux petits garçons par exemple. Le renversement complet du stéréotype ne permet pas l’adhésion des personnes parce qu’il est trop éloigné des stéréotypes qu’elles ont intégré et sur lesquelles elles fonctionnent. Ainsi, La princesse et le dragon par exemple représente un exemple à ne pas suivre. Certes, la princesse part à l’aventure pour sauver son prince, mais elle y va vêtue d’un sac en carton et toute décoiffée (car son château a brûlé). Apparemment, ce livre ne plaît pas aux petites filles car celles-ci ne parviennent pas à se reconnaître dans un contre-modèle aussi extrême. D’où le fait que j’essaye d’écrire un roman/conte avec une princesse, mais en jouant à chaque fois sur le degré de « renversement » ou d’éloignement d’avec les représentations habituelles. Ces distorsions dans nos habitudes sont les plus à même d’être acceptées comme intéressantes et normales, et donc à termes de modifier nos représentations.

                    Ainsi, pour les cadeaux, le tout est d’alterner : des jouets genrés pour le sexe de l’enfant, des jouets neutres, des jouets genrés pour l’autre sexe. C’est la variété qui permet de mettre sur un même plan tous les jouets. Il faut évidemment ne pas classer les jouets par genre, mais tous les mélanger dans des coffres à jouets par exemple. De ce point de vue, il ne devrait pas y avoir de différence dans les jouets offerts à des enfants, quel que soit leur sexe, puisque tous les « types » seraient représentés. En plus, chaque jouet permet l’apprentissage de compétences différentes, et il serait dommage de ne pas développer tous les potentiels des enfants (non pas pour en faire des génies, mais pour leur permettre de tout explorer et d’ouvrir leur imaginaire). Par ailleurs, il faut apporter un support critique à ces différences, c’est-à-dire pas seulement confier des livres de tous types à son enfant, mais discuter avec lui de ce qu’il a compris en lui faisant prendre conscience progressivement des différences de représentations, en répondant à ses interrogations sur le rôle des filles et des garçons, bref en évitant de normaliser les différence que l’enfant va nécessairement percevoir autour de lui.
                    Voilà le programme en gros d’après la psychologie sociale et les sciences de l’éducation orientée genre. ^^ Je ne sais pas si ça répond à ta question.

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                    • (Excuse-moi pour cette réponse très tardive ^^’)
                      Rien ne presse, ne t’inquiète pas 🙂 Quel est le sujet de ton mémoire ? Je suis certaine qu’il doit être très intéressant !

                      Oui voilà, un article ou tu expliciterais pourquoi il est généralement accepté qu’une petite fille joue à des jeux de garçons alors que l’inverse dérange tant.

                      Oh mais je connais ce livre ! Tu as fait ressurgir des souvenirs d’enfance forts, là ! xD Je ne sais pas si je l’avais dans ma bibliothèque ou si je l’ai lu à l’école, en tout cas je me souviens l’avoir souvent lu et beaucoup aimé !
                      Oui je comprends ce que tu veux dire, effectivement le changement radical n’est sûrement pas la meilleure solution, il convient d’avancer à petits pas.

                      Tu m’éclaires beaucoup à ce sujet, je n’avais vraiment considéré cela sous l’angle de l’apprentissage, chaque jouet étant bénéfique. Et le fait de les mettre tous ensemble aussi, ça paraît logique mais je n’y avais pas forcément pensé en tant que tel. Peut-être que certains parents le font à l’instinct en plus. En tout cas, je te remercie, tu as éclairé et élargi davantage ma vision des choses 🙂
                      Ah oui effectivement, j’avais bien conscience qu’il est extrêmement important de dialoguer avec son enfant, sur tous les sujets possiblement soulevés par ces jouets, ou les livres, surtout que la relation ne soit pas à sens unique (on donne à l’enfant et on le laisse découvrir par lui-même). Élever, c’est surtout accompagner à mon sens.

                      En tout cas tout ceci est fort intéressant, et si jamais tu as des ouvrages sur la question à me conseiller, je suis toute ouïe !

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              • C’est sûr que c’est le genre de stéréotypes dur à construire car même quand on en est conscient ils sont déjà ancrés en nous! En ce moment je bosse en librairie jeunesse et je suis effarée du nombres de produits très genrés et des requêtes tout aussi genrées des adultes. Filles = princesse, Garçon= dragon/robot. Mais la dernière fois j’ai rigolé quand une cliente m’a demandé pour une petite fille un truc qui parle de tout sauf de princesse, si possible avec beaucoup d’aventures et des créatures surnaturelles. ❤

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  5. N’est ce pas un peu (dans une autre culture) comme si vous aviez enlevé votre voile ?! J’ai été frappé par cette remarque d’une féministe (algéro-canadienne) selon laquelle le voile est un signe de rabaissement de la femme comme objet sexuel – objet qu’il faut donc voiler jalousement. Elle n’est rien d’autre, n’entre pas dans des relations sociales. J’aurais tendance à dire que l’Occident masculin impose aux femmes de se montrer, de s’afficher comme objet sexuel (au lieu de se cacher) ce qui revient à la même réduction et au même rabaissement. Des deux côtés, ce déguisement répond à un ordre masculin, qui permet aux hommes de fonctionner sur le plan social et sexuel sans se poser de questions — principalement sur leur posture oppressive ; de n’imaginer aucune résistance. Vous avez brisé les codes, et vous causez le trouble … avec raison !
    Anecdote ancienne. J’avais 22 ans et ma sœur 20. Elle me quitte pour aller chez le coiffeur. Quand je la retrouve, je ne suis pas sur de la reconnaître ! Elle avait soudain et sans prévenir (sauf sa mère) les cheveux très courts. Je l’ai reconnue, et n’ai pas eu d’hésitation sur son genre, bien sûr. Je lui ai dit que c’était très réussi. Mais je m’en souviens autant un demi siècle plus tard ! Et vous m’en donnez mieux la cause.
    Remarquez, quelques années auparavant, vous n’auriez pu sortir sans chapeau ou fichu, mais bien sur une coupe ‘à la garçonne’ des années ’20.

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    • Merci pour votre témoignage. Je suis assez d’accord avec ce que vous dites. Si l’on n’impose plus aux femmes un chapeau ou voile en France de nos jours, ou qu’on n’exige plus des hommes le port de la moustache pour affirmer leur virilité, on attend toutefois d’elles/eux qu’elles/ils répondent à certains critères en termes d’apparence. Ces critères dépendent de leur âge, statut social, travail/ métier, etc. Ils concernent la tenue vestimentaire, la coupe de cheveux, la pilosité, la musculature, le poids, etc.
      Même si l’on pourrait penser que de nos jours « tous les looks sont permis » quel que soit le sexe, les réactions que j’ai pu avoir montrent du moins que tous ne sont pas acceptés. Je pense que j’ai dérogé à trop de règles implicites pour qu’on me laisse vivre (coupe « de mec », pas de maquillage ou de bijoux, style vestimentaire oscillant entre le féminin et le masculin), d’autant que ces « transgressions » pouvait empêcher les gens de m’assigner facilement un genre. Quand mes cheveux étaient longs mais le reste de mon style similaire, je n’ai jamais eu ce type de problème. Je crois que les cheveux sont l’un des emblèmes de la différenciation homme/femme. Un femme avec une coupe courte féminine ? Pas de souci. Une femme avec une coupe courte « de mec » mais qui s’habille de façon féminine ? OK. Ce que j’ai fait ? C’était le faux pas de trop. Un homme aux cheveux longs habillé « comme une femme » aurait lui aussi enduré moqueries, incompréhensions et dédain, j’en suis persuadée.
      On n’habille et ne coiffe pas les enfants différemment dès le plus jeune âge pour rien. Et apparemment ça marche puisque les personnes qui dérogent à cette règles risquent moquerie et quolibets (au mieux) et agression (au pire)… Franchement, ce fut une mauvaise expérience que je n’aspire pas a réitérer. Finalement, c’est souvent la pression sociale qui gagne en faisant plier ceux et celles qui sortent trop du rang.

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      • « La pression sociale qui gagne en faisant plier ». Il y aurait effectivement beaucoup à dire sur les pratiques répressives qui sont au coeur des groupes de genre, tant hommes que femmes. Les jeunes mecs exigent des filles certains types d’habillement (vous l’avez vécu dans le métro), ils surveillent leur réputation ou ils la détruisent. Mais ils contrôlent aussi les comportements des gars, favorisent leur sexisme (ou l’exigent), etc. Et les femmes contrôlent la manière dont leurs sœurs tiennent leur ménage (maison et mari), s’habillent et se comportent. Un vrai travail de reproduction des relations sociales, à l’ombre de la domination masculine et de l’hétérosexualité imposée. S’en dégager demande une posture facilement lisible (artiste, punk ou zazou, etc.) pour ne pas troubler la norme. Ce ne sera pas facile, mais il est temps de repenser les pressions sociales. Un nouveau mai ’68 ?

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        • « Ce ne sera pas facile, mais il est temps de repenser les pressions sociales. Un nouveau mai ’68 ? » Je suis avec vous en tout cas si un tel mouvement se met en marche ! ^^
          Vous exprimez très bien un avis que je partage (« Un vrai travail de reproduction des relations sociales, à l’ombre de la domination masculine et de l’hétérosexualité imposée. S’en dégager demande une posture facilement lisible (artiste, punk ou zazou, etc.) pour ne pas troubler la norme. »). Je pense que vous avez parfaitement nommé ce qui constitue le cœur de cet enjeu. La normes et la pression sociale sont immenses, même si la plupart des personnes préfèrent se penser libres de toute contrainte (l’idée « Je fais comme je l’entends, je m’en fiche de la norme. » voire « Il n’y a que les gens faibles pour se soucier de la norme ! »). C’est d’ailleurs ce type d’attitude qui incite à sous-estimer ces forces sociales et donc à les laisser agir sur soi sans même les voir. Il y aurait vraiment quelque chose à faire là-dessus, c’est vrai. C’est un peu ce que font « les rondes » (je ne connais pas le nom de ce mouvement) avec la promotion d’un nouvel idéal féminin beauté avec des kilos en plus.

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