Ma « crise de foi » féministe, et comment vous pouvez (peut-être) m’aider

Voilà un moment que j’aurais dû publier cet article. Les réflexions qui le portent planent dans l’air depuis un moment déjà, détruisant petit-à-petit ma volonté de continuer ce blog, rallongeant de plus en plus la durée de parution entre chaque article. La motivation me quitte et ce n’est pas limité à ce blog puisque je me sens démotivée dans ma vie de tous les jours. Est-ce entièrement dû à ce dont je vais vous parler ? Je ne sais pas. Mais autant en parler pour savoir si je suis seule ou non et si quelqu’un peut quelque chose pour moi.

Je suis devenue féministe « par accident ». Je veux dire par là que cela n’était pas prévisible, que j’aurais aussi bien pu passer à côté du féminisme et ne jamais y venir. Mais un jour, je ne sais plus pourquoi et je ne sais plus comment, j’ai décidé d’aller me renseigner sur Internet au sujet des violences sexuelles. Je crois qu’il y avait eu une nouvelle à ce sujet dans les médias, mais je n’en suis pas certaine. Je me rappelle seulement qu’avant cela, j’avais été marquée par les réactions autour de l’affaire DSK en 2011. Je m’étais retrouvée à défendre des féministes, particulièrement les Femen, qui s’étaient alors placées devant chez DSK pour manifester déguisées en soubrettes et armées de seaux et de serpillères. Mon compagnon trouvait que c’était inadmissible, que ça allait à l’encontre de la présomption d’innocence de DSK. Je n’étais pas du tout d’accord. Peut-être qu’au fond c’est de cela que tout est parti.

En 2012, j’ai commencé à me renseigner de plus en plus au sujet du féminisme. Comme tout le monde ou presque, je partais avec une mauvaise image de ce mouvement, l’antiféminisme étant un mal aussi couramment répandu que bien accepté. Découvrir que le féminisme développait des réflexions et des arguments censé.es, construit.es, qui expliquaient certaines choses que je voyais tous les jours, cela m’a autant surprise qu’enthousiasmée.

Il faut que vous sachiez à mon propos que je suis une personne vraiment très investie quand elle découvre quelque chose qui lui plaît. Par exemple, au lycée, je me suis prise d’une passion pour les noms de phobies. J’ai appris par cœur les plus compliqués. Je les sortais pour faire rire mon entourage et mes ami.es. La paraskevidékatriaphobie ? La peur du Vendredi 13. L’autocheirothanatophobie ? La peur du suicide. L’hippopotomonstrosesquippedaliophobie ? La peur des mots trop longs (je plains les personnes qui en souffrent et qui lisent actuellement cet article). J’ai aussi eu plusieurs fois une passion pour l’espace, particulièrement pour les choses étranges qui arrivent sur d’autres planètes de notre système solaire. Savez-vous que sur Vénus, les jours sont plus longs que les années puisqu’elle tourne plus lentement sur elle-même qu’elle ne tourne autour du Soleil ? Des faits inutiles me direz-vous peut-être, et ce n’est pas faux. Mais je m’amusais à les collectionner, à les apprendre, et à tenter d’intéresser d’autres personnes à ces sujets. Je conserve toujours précieusement quelques bribes d’informations découvertes çà et là, même des années après. C’est ce qui me permet de « m’y connaître » sur une grande variété de sujet. Si je suis capable de vous parler de la toxicité de certaines substances, c’est parce que j’ai un jour fait des recherches sur ce thème, sans même que je me rappelle pourquoi.

Je vous raconte cela pour que vous compreniez quel engouement m’a saisi lorsque j’ai commencé à faire mes recherches sur le féminisme. C’était une véritable passion. Je découvrais des choses nouvelles à chaque clic de ma souris ; je parcourais Internet en quête de plus de vérité. Ah oui, ça aussi c’est quelque chose d’important : j’aime l’idée de connaître la Vérité avec un grand « V », ou du moins de m’en rapprocher le plus possible. Je suis toujours fascinée de découvrir que je me suis trompée pendant des années sur un sujet et d’apprendre l’information qui me manquait. Certaines personnes me croient butée et complètement fermée aux autres parce que je défends mes opinions avec passion, mais ce n’est pas vrai. Si vous me donnez une information qui me fait douter de la validité de mon mode de pensée, vous pouvez être sûr.es que je vais consacrer un certain temps à y réfléchir, à me renseigner, et finalement à modifier mon point de vue s’il s’avère ne pas tenir le route. Je suis un peu comme Tony Stark/Iron Man qui améliore sans cesse la composition et la structure de son armure pour être prêt à parer à toute éventualité : je cherche toujours à être la plus proche possible de la Vérité, à avoir le meilleur avis possible. C’est un trait de caractère fort utile quand on se renseigne sur un sujet, car on ne s’arrêtera pas avant d’avoir épuisé toutes les informations qui vont dans un sens comme dans l’autre. Je crois que tout cet aparté est essentiel pour comprendre comment les choses se sont passées par la suite.

Je disais donc que j’ai passé des jours à chercher de façon quasiment obsessionnelle toutes les informations que je trouvais sur le féminisme. Et comme toute passion, ce feu brûlant, m’a donné l’envie de déclencher l’incendie chez les personnes qui m’entouraient. En l’occurrence, mon compagnon. Je partageais déjà tout avec lui, je lui avais appris tout un tas de choses que je savais faire pour qu’on puisse les faire à deux, je ne voyais pas pourquoi j’aurais fait une exception pour ce que j’apprenais à ce moment-là. Alors je n’en ai pas faite.

Peut-être aurais-je mieux fait de me taire, de garder pour moi, de ne rien dire. Car non seulement il ne partageait pas mon intérêt pour mes découvertes, mais il semblait qui plus est profondément contre tout ce que je lui racontais. Je ne le savais pas encore, mais nous étions partis tous deux pour près de quatre années de disputes acharnées qui nous ont plusieurs fois conduit.es au bord de la rupture. Aujourd’hui, les braises sont encore tièdes et une parole mal placée peut déclencher une nouvelle dispute. Et pourtant, c’est toujours mieux que durant ces quatre années. Nous nous sommes disputé.es non-stop, jusqu’à vingt-huit jours d’affilée (notre record). Nous avions beau être écœuré.es, détruit.es, nous ne parvenions plus à cesser de nous disputer. Je ne crois pas qu’il existe de sentiment plus violent que de haïr littéralement la personne que l’on croyait connaître et aimer, ou de passer plusieurs fois par ce sentiment alors qu’on voudrait désespérément aimer encore.

Peut-être que si ma manière de réfléchir avait été différente, ou bien si j’avais été plus renseignée sur la façon dont fonctionne la psychologie humaine, j’aurais pu prévoir ce qui allait se passer et éviter ce carnage. Ma tentative de partage de nouvelles connaissances avec mon compagnon avait en fait réveillé en lui un réflexe d’auto-défense psychologique tout simple : quand vous êtes face à quelqu’un qui cherche à vous convaincre de quelque chose en apportant des faits qui vont dans son sens, il est fort probable que cela renforce votre conviction première au lieu de la changer (backfire effect). Votre cerveau va prendre comme une attaque ces informations nouvelles. Il est même possible que vous vous mettiez à vous opposer à cette personne pour protéger votre identité (identity protective cognition). Bref, plutôt que vous convaincre, la personne déclenche en vous un mécanisme inconscient de renforcement.

C’est une chose que j’ignorais totalement à l’époque. J’ai donc bêtement persisté auprès de mon compagnon en me disant qu’en lui apportant plus de preuves scientifiques, de faits, d’études, cela finirait bien par le faire réfléchir. Pas le moins du monde. Plus je lui apportais d’informations, plus il persistait dans son point de vue initial : les féministes détestaient les hommes et d’ailleurs les hommes étaient bien plus mal lotis que les femmes. Je vivais sans le savoir avec un masculiniste qui ne devait même pas savoir qu’il en était un avant que je vienne confronter ses croyances enfouies. D’une certaine façon, ma volonté de l’informer et de lui faire comprendre ce que je voyais comme la vérité a activé et exacerbé le masculinisme en lui.

J’ai pris de plus en plus de cours à la fac sur le sujet de l’égalité femme/homme, puis j’ai choisi de m’orienter en Master spécialisé sur le sujet, pour épancher ma soif inextinguible de preuves. Je n’y allais pas seulement pour obtenir des informations que je croyais susceptibles de finalement convaincre mon compagnon, j’y allais aussi pour moi car je me sentais désarmée face aux arguments antiféministes. En effet, en parallèle de mes conversations absolument pas constructives avec mon compagnon, je m’étais lancée dans des conversations absolument pas constructives sur YouTube. Dans la section commentaire, l’antiféminisme abonde comme le malheur sur le pauvre monde. C’est encore pire si vous cherchez des vidéos en anglais, et j’ai un très bon niveau d’anglais. Pauvre de moi.

J’ai combattu. Je ne pouvais pas m’empêcher de répondre aux antiféministes parce que toutes ces expressions de sexisme, de misogynie, de LGBT-phobie, etc. me rendaient malade. Et puis c’était un moyen facile de tester mes armes faces aux antiféministes, auxquel.les je refusais le droit d’être les seul.es à pouvoir s’exprimer sur Internet. Cette même volonté de sans cesse améliorer mes connaissances me poussait à vouloir améliorer mes techniques pour convaincre autrui. J’étais devenue obsédée par les arguments antiféministes. Je voulais comprendre comment ils fonctionnaient, comment on pouvait en arriver à penser comme ça, et s’ils recelaient ou non une part de vérité. Et lorsqu’ils s’avéraient faux, je voulais être capable de les détruire. Je ne pense pas que l’utilisation du mot « détruire » soit trop radicale : je voulais réellement être capable de faire progresser les choses en convainquant les gens de l’intérêt du féminisme, qu’ils soient antiféministes ou qu’ils n’aient pas d’avis. Si cela revenait à détruire leurs conceptions premières, so be it. Cette course pour la Vérité, je pensais que les autres la partageaient, qu’eux aussi voulaient avoir les meilleures explications pour chaque phénomène. Là encore, je ne pouvais pas avoir plus tort.

Je suis ainsi devenue une spécialiste de l’antiféminisme et du masculinisme. Pendant mes deux ans en Master genre, j’étais la seule à lever la main pendant les cours pour dire « Oui mais, à ce sujet, les antiféministes répondraient ça ou ça. Comment pensez-vous qu’il faille répondre à ce genre d’arguments ? ». J’étais souvent déçue par les réponses qu’on me faisait. « On n’a pas que cela à faire de se préoccuper des antiféministes. » ou « On préfère se consacrer à faire avancer le féminisme plutôt que de partir dans un combat sans fin avec les antiféministes. ». J’étais incrédule. Ne pouvaient-iels pas comprendre que chaque soir, j’affrontais un masculiniste à la maison et qu’il me fallait des armes pour le convaincre ? Ne comprenaient-iels pas que toute tentative pour faire progresser le féminisme demeurerait infructueuse tant que l’on n’aurait pas compris comment contrer les antiféministes qui nous barraient la route ? Ils gagnaient la bataille de l’opinion, et nous allions les laisser faire ?

J’apprenais chaque jour de nouvelles informations qui venaient confirmer, infirmer ou compléter ce que j’avais déjà appris par moi-même, et pourtant je n’étais pas satisfaite. J’étais devenue aigrie à cause de toutes ces disputes, à cause de mon incapacité à convaincre. Mon psy me disait (oui, je vois un psychiatre, ça ne me pose pas de problème de vous le dire) : « Vous devriez simplement arrêter de parler de ce sujet avec votre compagnon. ». Mais pourquoi était-ce à moi de me taire, alors que j’avais raison ? Je commençais à penser que j’étais incapable de rester en couple avec un homme masculiniste comme lui. Comment pouvais-je me taire et donner, d’une certaine façon, mon assentiment à toutes les choses fausses, discriminantes et problématiques qu’il disait ?

Mon entêtement aveugle a fini par « payer », après de longues années de guerre. Mon compagnon a finalement changé d’avis sur un grand nombre de sujet. Comble de mon dépit, il ne s’en était même pas rendu compte au point que j’ai aussi dû me battre pour le convaincre qu’il avait changé d’avis (ma vie a été vraiment simple comme vous le voyez). Il a fini par admettre que le consentement verbal au lit, ce n’était pas un truc « pas naturel » et chiant, mais la seule façon d’avoir des rapports sexuels consentis. Il a fini par apprendre que les féministes combattaient aussi les impositions qui étaient socialement faites aux hommes. Il a fini par comprendre qu’on ne pouvait pas placer la façon dont étaient traité.es les femmes et les hommes au même niveau. Maigre victoire. J’étais vidée, blasée. Je voulais qu’en dernier lieu mon compagnon reconnaisse que ses opinions n’avaient pas été correctes, que tout ce drame aurait pu être évité si, dès le début, il avait accepté de comprendre ce que je lui disais, de s’ouvrir, de réfléchir. Il a mis des mois à se rendre compte que j’attendais vraiment des excuses de sa part, et quand il me les a faites, c’était trop tard : je n’avais plus confiance en lui, je ne ressentais plus rien, je voulais partir et oublier tout ça.

Pendant cette période, ce n’était pas seulement sur mon couple qui battait de l’aile, mais ma détermination. Je sentais bien que j’avais une très grande responsabilité dans cette affaire. Je me suis donc renseignée, un peu trop tard, sur les façons dont on peut convaincre autrui. C’est là que j’ai découvert que je m’y étais très mal prise tout du long. C’est aussi là que mon psychiatre m’a fait prendre conscience d’une chose toute simple et toute bête, qui aurait sans doute dû me sauter aux yeux depuis longtemps : tout le monde n’était pas aussi obsédé que moi par la Vérité. « La plupart des gens, m’a-t-il dit, se contente de croyances. Les gens ne veulent pas en savoir plus. Ils sont satisfaits de vivre avec leurs préjugés. Si tout le monde était comme vous mademoiselle, la société serait certainement différente, bien meilleure. » Il ne disait pas cela pour me faire plaisir, et d’ailleurs ça ne me faisait pas tellement plaisir : il était sincèrement désolé pour moi. Il voyait bien toute l’énergie que j’avais investie dans cette affaire et toute la déception qui en ressortait. J’étais en colère contre les autres pour leur façon de fonctionner, j’étais en colère contre moi-même pour tout ce que j’avais déclenché sans le comprendre. Et même si nous avons tant bien que mal recollé les morceaux avec mon compagnon depuis, je ne me pardonnerais probablement jamais ce que j’ai contribué à nous faire traverser.

C’est là que j’en arrive, pour celleux qui sont parvenu.es jusqu’ici, à ce que j’appelle ma « crise de foi » féministe. Ce n’est pas que je ne sois plus une féministe convaincue, loin de là : entre mes recherches personnelles, mes études, et mon obsession à comprendre l’antiféminisme, je suis blindée d’arguments en faveur du féminisme. D’ailleurs, le chibi que j’ai choisi comme avatar porte un chapeau de diplômé.e, soulignant bien la place très forte que j’accorde à la connaissance dans ma vie. Mais durant ce voyage, j’ai appris de façon douloureuse que les connaissances suffisaient rarement, si ce n’est jamais, à convaincre qui que ce soit. Ma manière de me comporter jusqu’à présent a montré à quel point j’étais incapable de comprendre le fonctionnement de la plupart des gens, et à quel point j’étais inapte à les convaincre. Mon amas de connaissance m’a été quasiment inutile car presque tout le monde se fiche des faits. Moi qui espérais convaincre qui que ce soit, je m’étais royalement trompée de méthode.

Maintenant, quand quelqu’un énonce une opinion sexiste dans mon entourage, je ne sais absolument plus comment réagir. Avant, j’engageais la discussion, je confrontais la personne. Mais j’ai découvert que c’était précisément ce type de méthode qui renforçait les convictions premières. Je ne suis pas quelqu’un qui a beaucoup d’humour ; une personne très terre-à-terre comme moi n’est pas ultra sociable. Or, l’humour serait une technique autrement plus convaincante, j’en suis persuadée. D’ailleurs, si vous prenez au sérieux une blague sexiste, on vous renverra à votre absence d’humour. Et là, tenter de démontrer à la personne en face que l’humour peut être oppressif et perpétuer des préjugés entrainant la discrimination, ce n’est pas efficace. Vous énerver face à son manque de discernement non plus. Alors qu’un mot bien senti, une bonne répartie, pourraient faire des merveilles. Mais malheureusement, autant je peux apprendre des montagnes de choses, autant j’ai toujours échoué en vingt-cinq années d’existence à apprendre le sens de l’humour.

Je ne suis pas tellement capable de vulgariser correctement mes connaissances non plus. En tout cas, d’autres le feraient bien mieux que moi. Il faut une bonne dose de communication pour savoir vulgariser. Sans compter que mon investissement passionné me fait réagir de façon disproportionnellement négative à toute remarque antiféministe. Bref, là non plus, je ne suis pas la bonne personne pour cela.

Je sais bien que le poids que l’on fait peser sur les épaules des féministes est gigantesque. Il faudrait être capable d’être remonté.e contre les injustices mais de parvenir à conserver son sens de l’humour. Il faudrait supporter docilement de recevoir dans la figure des contre-vérités tellement prémâchées qu’elles n’en ont plus de couleur. Le tout, si possible, en gardant son calme, et étant (si vous vous identifiez comme femme) toujours souriante. Il faudrait aussi éviter de correspondre au cliché de « la féministe », sinon ce sera utilisé contre vous pour vous discréditer. Les attaques à la personne continuent de faire des merveilles, tout le monde les accepte comme valables apparemment. Je sais que ce poids est injuste : la façon dont on demande aux mouvements contestataires d’être calmes, pacifistes et de faire le moins de remous possible est une façon de les tenir en laisse, de les empêcher de s’exprimer. Je ne suis pas en train d’entrer dans ce jeu-là. Je ne veux pas me plier à ce que l’on aimerait que je sois. Je ne serais jamais une femme au « sens propre », c’est-à-dire social, du terme. Mes aisselles et mon maillot ne sont pas épilé.es, mon sourire pas tracé au rouge, mon corps pas assez poli par les régimes. Je suis énervée, hypersensible, pas drôle, et tous les autres trucs qui font généralement dire d’une femme qu’elle est chiante. Je ne veux pas me conformer. Je voudrais juste être capable d’être efficace lorsque je veux faire passer un message, de faire réfléchir. Pour le bien de ce que je crois juste. Et j’en suis incapable.

Pour résumer, je suis défaillante et inapte à accomplir ce que je m’étais fixé comme objectif : faire changer d’avis, ou au moins faire réfléchir, un maximum de personnes possible. Je suis devenue agressive, dépressive et j’ai perdu la petite flamme que j’avais au fond de moi. J’ai même l’impression que j’ai créé encore plus d’antiféministes qu’il n’en existait déjà, ce qui est véritable un échec. Alors oui, c’est vrai que j’ai transmis le virus féministe à ma sœur, mais elle avait déjà une mentalité assez proche de ma mienne et c’est peut-être la seule raison pour laquelle ça a fonctionné. Pour le reste, je ne sais plus quoi faire et, vous vous en doutez, je ne sais plus quoi faire de ce blog. J’ai des idées, des tas d’idées, mais aucune n’aboutit parce que je suis à chaque fois persuadée que ce n’est pas le bon sujet, pas le bon ton, pas la bonne méthode. Voici à peu près comment se passent mes réflexions :

« Pourquoi ne pas faire une chaine YouTube ?
– Tu te ferais sans arrêt emmerder par des antiféministes, tu n’as pas une carapace suffisante. Et puis, tu n’aurais rien à dire de plus que sur ton blog, où tu n’as déjà rien à dire.
– Pourquoi ne pas parler un peu plus de ma vie, du sexisme que je rencontre au quotidien ?
– D’autres font ça mille fois mieux que toi, et tout le monde se fiche de ta vie.
– Pourquoi ne pas faire une analyse puisque ça correspond bien à ma manière de réfléchir ?
– Ça te prend à chaque fois des plombes et ça n’intéresse presque personne. Tu crois toujours pouvoir faire changer les gens d’avis en utilisant des arguments rationnels ? Tu n’as rien compris ou quoi ?
– Et si je faisais un article sur les arguments antiféministes ? On peut dire que je suis une vraie spécialiste là-dessus.
– Tu ne crois pas que l’antiféminisme arrive déjà très bien à se faire sa propre pub lui-même ? Arrête un peu avec ton obsession de l’antiféminisme, tu te fais du mal toute seule… »

Je suis complètement coincée. Ma croyance en ma capacité à faire bouger les choses est mort, ou dans un coma profond. Je suis lessivée, perdue, ma passion est éteinte. Alors je fais cet article. Je veux savoir : avez-vous déjà été dans le même cas ? Quel.les sont vos avis, vos solutions ? Avez-vous un quelconque soutien à m’apporter ? Ceci est un appel à l’aide déguisé sous forme d’article. J’espère que quelqu’un m’entendra.

Il s’agit peut-être du tout dernier article de mon blog. Il m’aura pris la journée, mais il aura été le plus personnel de tous. Le plus vrai. C’est ce qui est le plus important.

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25 commentaires

  1. Ton blog est utile, comme tous les blogs féministes divers, qui atteignent plus ou moins de personnes selon l’approche, le ton, les thématiques, le degré de vulgarisation… Le travail que tu fournis est énorme et a sa place, comme il est, donc déjà merci pour ça 🙂

    Je comprends bien ton acharnement pour la justice et de la vérité, surtout au sein du couple. Et non, je ne te conseillerais pas de ne pas aborder le sujet avec ton compagnon, quel genre de couple ce serait ?! Mais d’évaluer si l’effort en vaut la peine ou pas (je me déjà suis séparée de quelqu’un pour raisons idéologiques, ca me rongeait trop). Ce n’est pas facile de lâcher prise pour des choses qui nous tiennent autant à coeur et qui sont justes, mais nous n’avons pas responsabilité de ce que pensent et font les autres. Nous pouvons simplement semer des graines. Repasser et remuer la terre peut-être. Arroser. Parfois ça poussera, parfois pas. Parfois autrement que ce qu’on avait prévu, ou bien plus tard.
    On fait ce qu’on peut à notre niveau, et on a le droit de ne plus avoir envie. De faire une pause. De s’intéresser à autre chose pour un temps. D’être en désaccord avec ce qu’on a fait d’abord. D’y revenir ensuite.

    Ce qui me ressource quand j’ai l’impression de ne pas pouvoir agir sur d’autres, c’est de me retrouver avec d’autres militant.e.s, pour avoir un terrain commun de base, ne pas être obligé de ré-expliquer et défendre l’évidence, mais pouvoir aller plus loin dans la réflexion et l’échange. De voir qu’on est pas seul.e.
    Ce qui me donne de la force quand je n’ai plus confiance, c’est de me tourner vers les autres dominé.e.s et discriminé.e.s qui n’ont pas encore trouvé à faire entendre leur voix : me dire qu’il y a toute cette énergie encore à libérer, qu’il y a toutes ces vies à entendre, qu’il y a toute cette humanité encore à découvrir – et ça me donne espoir d’un monde différent, un jour.
    Ce qui me fait refaire surface après des périodes d’abandon, c’est la colère, l’indignation face à l’injustice, qui me poussent à faire entendre ma voix, qui n’est qu’une voix de plus, mais qui compte dans le choeur de protestations.

    Si tu as envie de t’exprimer sur un sujet sur ton blog, fais-le, fais-le pour toi d’abord, pas pour ce que le public en pensera (il y en a forcément à qui ça apportera quelque chose de très précieux). Si tu as besoin de repos et de distance, fais autre chose pour un temps, on n’a pas d’obligation à être militant.e H24 7J/7, 365 jours par an…

    Aimé par 2 personnes

    1. Bonjour chère girafe (c’est drôle à dire),
      je te remercie tout d’abord pour ta longue réponse qui m’a fait plaisir. Je ne m’attendais pas à recevoir autant de commentaires après mon post. Ça fait chaud au cœur.

      Je te remercie aussi pour ton témoignage de militant.e. Je me reconnais dans ce que tu dis. Je sais qu’il existe des ressources vers lesquelles me tourner si ça ne se va pas. Mais pendant ces quelques années dont je parle dans mon articles, elles ont été insuffisantes. Je ne parvenais tout simplement pas à laisser mon militantisme de côté. J’avais besoin d’être entendue et comprise par mon entourage. Je voulais convaincre.
      Dans ces circonstances, impossible de ne pas être militante. Et chaque renoncement m’arrachait un peu de culpabilité. Rencontrer d’autres personnes convaincues me donnait un temps de répit. Mais en même temps, je ne cessais de penser « Pourquoi mon compagnon ne pense-t-il pas comme ça ? Qu’est-ce que je peux lui dire pour le convaincre ? ». Heureusement que je n’en suis plus là. Cela reste difficile d’en sortir.

      Je ne sais pas si je referais des articles. Mais j’y pense. Il faudrait juste que je me fasse plaisir avant tout.
      Merci encore pour ton retour et à bientôt j’espère. 🙂

      Anna-Lise

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      1. L’important est de faire des choses qui te font plaisir, en effet !
        Le nombre de réponses reçues sur l’article montre bien que ton ressenti est loin d’être isolé. Tou.te.s militan.te.s de longue haleine a déjà vécu des passages de ce genre, et c’est d’autant plus difficile quand on doit se battre dans l’intime, avec l’entourage proche. Peut-être est-il temps pour faire un pas de côté et se prendre de passion pour d’autres sujets pour un temps… 🙂 ce n’est ni une défaite, ni une trahison. C’est juste le droit de vivre et d’avoir des moments d’insouciance, malgré tous les combats à mener encore.

        Aimé par 1 personne

  2. Je ne sais trop par où commencer pour répondre à ton article…
    Si ce n’est en commençant par te dire que je suis sincèrement navrée d’apprendre ta situation aujourd’hui et l’essoufflement de cette belle petite flamme qui t’animait…
    Mais malgré tous tes espoirs déçus, tes batailles perdues, il faut vraiment que tu croies en toi. Ne rabaisse pas chacune de tes idées comme tu le fais, car il y a plein d’internautes qui seraient intéressés par ce contenu! Et en tant que spécialiste, qui mieux que toi pourrait porter de tels messages ?
    Il y a plein de gens comme moi, qui, sans être foncièrement féministes, sont prêts à apprendre et à défendre ces arguments et qui ont besoin de personnes investies comme toi pour leur faire passer le message et leur apprendre les mots, les messages, les vérités.

    Moi aussi j’ai douté et je doute parfois toujours : « un blog de plus parmi les milliers que comptent la blogosphère, qu’est-ce que ça peut apporter de plus ? »
    « Tu es une spécialiste de la littérature de jeunesse mais tu te sens encore peu capable et peu légitime de publier des articles de recherche et d’analyse fouillés, comme le font certains autres blogueurs… »
    « Tu as un train de retard, alors que tout le monde est sur BookTube et Instagram, et se fait solliciter pour défendre la littérature, se fait médiatiser pour qu’on écoute leur parole et leurs prescriptions… Crois-tu qu’avec ton petit blog tu peux vraiment te faire une place? »

    Je pourrais t’en citer des dizaines de questions comme celles-là.
    Mais malgré tout je continue. Car je trouve dans cette activité quelque chose qui me plait et me conforte dans mes choix, et même si ce n’est remarqué par personne, je laisse ma trace malgré tout, et j’en suis heureuse.

    Ne perds pas de vue que tu vaux bien plus que ce que tu le penses, et que tes écrits et réflexions ont une véritable importance !

    Je ne sais pas si mon pavé a reussi à t’aider un tant soit peu, je le souhaite en tout cas !

    Courage ❤

    Aimé par 1 personne

    1. Cher oiseau qui lit,
      je te remercie pour ta réponse qui m’a fait plaisir. Comme je le dis ailleurs, je ne m’attendais pas à recevoir autant de commentaires après mon post. Ça fait chaud au cœur.

      Je te remercie aussi d’avoir partagé ton ressenti vis-à-vis de ton propre blog. C’est vrai qu’on se sent peu de chose parmi toutes ces publications et ces articles. Il y a tellement de source. On a tous envie de faire quelque chose qui se démarque, dont on soit fier.e. Ce n’est même pas pour « devenir célèbre », mais au moins pour être content.e de soi.
      C’est vrai que j’ai (ou j’avais ?) perdu cette petit flamme. Je me sentais incapable de convaincre quiconque. Et pas seulement convaincre : toucher quelqu’un, le/la faire réfléchir, le/la faire se questionner. Je me suis sentie inutile. Quel intérêt cela avait-il que j’ai tant étudié sans parvenir à faire passer mes idées ? Je me suis sentie comme Cassandre, que personne ne croit. Je me suis sûrement beaucoup monté la tête sur l’importance que je devrais avoir. C’était stupide. Tout cela simplement parce que mon seul but dans la vie, c’est de pouvoir à la fin me dire que j’ai au moins un peu fait progresser les choses autour de moi.

      C’est une mentalité difficile à abandonner. Je pense que je suis dans une période de mue. Mes certitudes sont vacillantes. Je me sens fragilisée. Mais peut-être qu’il en sortira du bon.

      Quoi qu’il en soit, merci pour tout.
      A bientôt peut-être 🙂

      Anna-Lise

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  3. Bonjour Anna-Lise,

    Je rends hommage au ton de sincérité de votre témoignage. Comme vous avez dû vous rendre malheureuse, avant d’en arriver à ce constat de faillite en rien consolant !

    Après une fausse conversion. Car n’en doutez pas : un homme qui tient à une femme finira toujours par lui céder sur le point de l’opinion ; nul besoin d’avoir été masculiste et de s’en repentir.

    Je dis bien « masculiste », car est-ce qu’on dit « fémininiste » ? Ne vous seriez-vous jamais, en spécialiste du domaine (j’ignorais que c’en fût un) posé la question ?

    Mais si vous avez le goût de la vérité, je vous invite à poursuivre – en vous exposant, peut-être un plus à la contradiction.

    Bien à vous,

    @CritFminisme

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    1. Bonjour cher.e Critique du féminisme
      je te remercie tout d’abord pour ta réponse à mon post et la remarque concernant ma sincérité. On ne peut pas faire plus sincère, je pense.

      Effectivement, je me suis rendue malheureuse. Ça on peut le dire. Constater que je n’étais pas en mesure de faire bouger les choses autour de moi, voire que je les aggravais, il y avait de quoi douter.

      Je ne suis pas d’accord avec vous en ce qui concerne ce que vous nommez une « fausse conversion ». Vous la justifiez par un stéréotype sur les hommes en couple hétérosexuel, ce qui ne prouve ni que ce que vous dites est vrai, ni que c’est faux. Mais du moins, cela prouve que vous pensez cela de façon générale et non juste dans mon cas.

      Mon compagnon a bel et bien changé d’avis sur de multiples points. La preuve en est qu’il est d’autres points sur lesquels sont avis n’a pas changé, et qu’il me le dit sans fard.
      Il reste réticent à l’idée de l’avortement, ne souhaitant pas l’interdire ni m’empêcher d’y avoir recours si la situation se présentait, mais du moins trouve-t-il cela « mal » dans l’absolu. En cela, il n’a pas changé d’avis en quatre ans de nos « discussions ». Il a toujours beaucoup de mal avec le fait que les préjugés à l’encontre des hommes impactent souvent les femmes et leur conduite. Son premier instinct reste de se soucier des préjugés à l’encontre des hommes, quand j’ai tenté de lui faire comprendre qu’il fallait voir l’ensemble. Ce ne sont que quelques exemples.

      Bref, je ne crois pas que vous ayez raison. Aussi timide soit-il, mon compagnon sait garder son avis quand il l’estime légitime. Il a ses propres opinions. Heureusement.

      Figurez-vous que je me suis posée la question, et pas qu’une fois. Il n’en demeure pas moins que tandis que « féministe » est un terme repris à la médecine au XVIIIe siècle (si je ne m’abuse), les « masculinistes » ont été nommé ainsi bien après cette date. Je ne dis pas que cela justifie leur nom, juste que j’emploie les mots qui existent pour désigner ce qui est.

      Enfin, je croyais que mon article rendait évident que je me suis particulièrement exposée à la contradiction, probablement plus que la majorité des personnes partageant mes opinions sur le sexisme. Je ne me suis même pas assez protégée, me laissant « avaler » par la contradiction, cherchant à lui répondre en la connaissant par cœur. J’en ai soupé.

      A bientôt peut-être.

      Anna-Lise

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  4. Je ne sais pas si mon commentaire va t’aider mais ton texte me donne l’impression qu’il s’agit surtout d’une crise de légitimité, de confiance en toi, d’une sorte de « burn out » militant. Je trouve que le travail que tu fais sur ce blog est d’utilité publique et que tu participes par ce biais au combat féministe et à la déconstruction des stéréotypes. N’abandonne pas !

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    1. Chère Mrs Abernathy,
      je te remercie tout d’abord pour ta réponse. Comme je le dis ailleurs, je ne m’attendais pas à recevoir autant de commentaires après mon post. Ça fait chaud au cœur.

      Je pense que tu as tout a fait mis le doigt sur ce qui m’arrive. Mais je pense que plus qu’un « burn-out militant », il s’agit d’une « crise existentielle ». On va dire que c’est le quart de siècle qui provoque ça. ^^
      J’espère qu’il sortira du bon de tout ce doute, cette tristesse et cette réflexion. Je te remercie de me dire que je suis d’utilité publique. Cela me ferait drôlement plaisir si c’était vrai (non que je remette en cause ta parole, c’est plutôt moi que je remets en cause).

      Sur ce, je te dis à bientôt j’espère. 🙂

      Anna-Lise

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  5. Anne-Lise,
    J’ai eu de vous deux cadeaux : vous êtes la meilleure contributrice sur mon blog ; et vous m’avez une fois contactée pour un travail d’enquête que vous faisiez pour votre master. Ainsi, j’ai eu une personne qui s’est vraiment intéressée à mon travail, alors que c’est si rare dans ma situation.
    Aussi, je vais vous faire un retour. Je pourrais être votre grand-père, et je suis très paternaliste. Autoritaire quand il le faut. Donc, prenez cela avec des pincettes.

    Vous avez une manie de la vérité absolue, définitive. Vous devriez être en sciences exactes ! Or collecter des vérités définitives pour les asséner répétitivement, c’est déjà un peu violent (demandez à Galilée). Quand en plus elles ont à voir avec l’éthique ou l’humain, c’est de la mise en jugement, le tribunal d’attribution des peines, le pouce tourné vers le bas !

    Ensuite, vous parlez effectivement de montrer de l’empathie pour les victimes mais surtout de renforcer votre armure pour monter au combat. Quelle métaphore guerrière ! Pourquoi entrez vous en relations humaines ainsi parée ? On croirait entendre un mec chef de bande !

    Je soupçonne votre psychiatre de vous avoir déguisé la vérité, car elle aurait fait mal, et toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire : « Avec des gens comme vous la société serait bien meilleure » ? Je ne crois pas, elle serait une compétition effrénée sans doute, et même peu ou pas de coopération pour la vérité. Encore une fois, vous paraissez vous comporter comme deux mecs qui veulent avoir le dernier mot sur les avantages respectifs de la BMW et de l’Audi, à coup d’infos techniques. Mes deux grands frères se sont chamaillés comme cela durant trente ans, j’en ai encore les oreilles agacées. L’un d’eux est un pur marxiste : il a une grille de lecture avec sa vérité qui rend toute discussion impossible.

    Bon, assez sur ce sujet. Deuxième point. Vous avez voulu renverser l’antiféminisme à vous toute seule. Bravo, Don Quichotte ! Vous n’avez pas peur et avez une énorme foi en vos capacités ! Comment avez vous pu une seule fois penser que cette masse de mâles butés pouvait céder le moindre centimètre de terrain ? Vous ne savez pas que dans la vie la première vérité est celle de la répartition du pouvoir, c’est à dire du Rapport de force ? Qu’il y a des puissants et des faibles ? Vous voulez accomplir votre mission divine ? Rejetter la perfide Albion à la mer ? Bravo, Jeanne d’Arc ! (Attentions aux brûlures quand même).
    Un aveu : au début de l’expérience du groupe d’hommes que j’ai brièvement vécue, un certain nombre (les plus bruyants) voulaient bouffer les masculinistes (et les féministes accompagnantes s’en réjouissaient). J’étais certain que c’était se jeter dans la gueule du loup, sans aucun effet positif. Or, les réseaux sociaux sont des groupes à meutes de loups anonymes, c’est bien connu. Je pense au contraire qu’il faut construire un groupe pionnier, qui cherche à amalgamer des proches, des hésitants, des faibles mais intéressés par votre cause. Il y a une phrase qui m’est restée dans tous mes engagements militants : le rôle des militants est de s’approcher de l’avant-garde des travailleurs pour qu’elle se lie avec la masse et l’entraîne et la détache de l’arrière-garde. Donc les militants ne doivent pas asséner leur vérité, mais faire retentir les vérités de l’avant garde du groupe visé. Pourtant c’est l’erreur la plus classique des intellectuels… et ne soyez pas étonnée d’en être aussi. Aujourd’hui encore les hommes politiques reprochent aux associations d’environnement de « ne prêcher que les convaincus » et de ne pas parler à la grande masse. Car c’est le point de vue de l’élu : embobiner la masse. Mais cela fait 70 ans que l’écologie existe, qu’elle a magnifiquement progressé, sans encore atteindre la grande masse. Mais heureusement que le secteur bio a pu se renforcer et apprendre de ses débuts, heureusement que des petits groupes avaient des compétences pour parler après Tchernobyl et Fukushima et marquer des points (non encore décisifs). Bon, c’était sur le rapport de forces.

    Et qui avez-vous massacré d’abord ? Votre compagnon. Effectivement, une personne qui entend des arguments de conviction alors qu’elle n’a rien demandé ne peut que développer une résistance, et cette résistance grandit très vite et s’ancre fortement, définitivement. Vous devez lire de toute urgence « Petit Traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens » (Presses de Grenoble ou PUG). J’ai travaillé 20 ans avec ce manuel, sur l’éducation à l’environnement. C’est pour cela aussi que mon sous-titre de blog parle de « déconstruire le masculin en pratique ».
    Votre compagnon a dû vraiment passer un mauvais quart d’heure de plusieurs mois. Il a fini par surmonter son mur et s’intéresser malgré tout à votre bazar. C’est tout à son honneur. Il a accepté une conviction extérieure et s’est sans doute engagé un peu. Mais là encore, vous n’avez pas du beaucoup l’aider : il fallait lui donner des trucs de base et l’encourager, il allait construire sa propre conviction. Non, vous attendiez même des excuses, dites vous. Vous savez ce que cela signifie ? Lui demander de reconnaître sa défaite, le faire aller à Canossa, la corde au cou et sur les deux genoux. Vous ne savez pas qu’il faut respecter l’adversaire, et se réconcilier ? (Je suis en train de lire De la réconciliation chez les primates, de Franz De Waal. Il faut lire tout De Waal). Donc vous allez l’épouiller comme tout bon singe qui se réconcilie, sans rien lui demander.
    Bien sûr, un homme qui améliore son comportement ne mérite pas vraiment de la reconnaissance : il ne fait que le minimum nécessaire pour l’égalité. Mais au moins savoir qu’on a constaté ses efforts et ses progrès… .

    Bon, voilà, triple coup de gueule ou engueulade de ma part, avec le risque d’avoir développé votre propre résistance. Je vais changer de ton. Quelques autres réflexions

    D’abord vous avez raison avec le féminisme. Toute femme a une part de révolte objective. C’est aussi ma conviction, et c’est une conviction radicale, qui demande de la radicalité. C’est cela qui est exigeant (et que les gens évitent, pour la tranquillité et la stabilité et le confort – dire cela est plus respectueux d’eux que les mots du psychiatre ; c’est la position des femmes révoltées mais qui évitent le « misandrisme » (sic) et disent « je ne suis pas féministe mais »). Mais ce radicalisme est peu communicable.
    Ensuite, la domination masculine est un système qui contraint aussi les hommes (j’en ai parlé récemment, sur la « case sociale homme »). Donc les hommes sont contraints tout en étant des profiteurs. Donc profiteurs mais aussi victimes et en souffrance (pas de vous, pas des femmes, mais de leur posture sociale à eux). Cette domination, les femmes la subissent, elles en sont blessées, mais il est difficile d’en vouloir à un individu seulement. Et ce n’est pas tant à lui de tout changer (son/notre rapport de force est très faible). Mais il peut modifier peu à peu son comportement et travailler sur lui/soi, mais cela reste à la marge de ce que la case homme lui impose, c’est exigeant et difficile à partager. Et cela peut rester toujours insuffisant aux yeux de sa/ma compagne.

    Les femmes féministes et les hommes alliés doivent faire sept fois le tour des murailles de Jéricho avant de les voir tomber. Or avec MeToo, un gros pan de muraille s’est écroulé, je crois.

    Je dis cela parce que vous terminez en vous dévalorisant beaucoup, en parlant d’échec, etc. La dévalorisation des femmes est une attitude si courante ! D’ailleurs elles entrent parfois dans la conversation en disant ‘c’est sans importance’. Parfois c’est une stratégie d’entrée, de petite souris. Mais cela ne doit pas se retourner contre elle-même.
    Vous avez un engagement, des convictions et une exigence de vérité. J’ai reconnu ce que vous en avez dit dans votre analyse pointue du manifeste de « Deneuve et les autres » (mais analyse tellement « implacable » qu’elle était en même temps cruelle, selon mon sentiment. Mais la mienne l’était aussi). Vous avez de la persévérance et du culot. Vous participez à une association.
     Je pense donc que vous devez maintenir le chemin choisi mais : en adoptant la marche nordique (les deux batons) au lieu de l’escalade, ou en troquant le vélo de course pour le VTT. Vous devez vous rapprocher d’alliées, de groupes de femmes aux objectifs « réalistes », concrets et atteignables, participer au rapport de forces et apporter vos capacités. Pas faire une chaîne You tube. Trouver votre différence au sein d’un groupe de pairs et pas contre tous.

    Et la recherche de la Vérité ? Franz De Waal dit qu’on commence à connaître beaucoup les singes, à force de les observer de manière systématique et scientifique. Et qu’on est nulle part avec les humains sur ce plan de l’observation. Avec des questionnaires, on obtient leur perception d’eux-mêmes, rien de plus et c’est superficiel. C’est pour cela que j’aime beaucoup le fameux texte « Le rôles des hommes et des femmes dans la conversation » car il résulte d’observations. Vous pourriez peut être vous orienter vers cette voie ?

    Voilà, c’est mon empathie à moi. Dans un style télégraphique. Vous aviez fait un texte plutôt transparent, et demandé de l’aide. Faites en ce que vous voulez.
    Cordialement
    Chester

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    1. Bonjour chester,
      ça, c’est une réponse ! Il va me falloir un bon bout de temps pour y répondre. J’ai du mal à en avoir le courage. Je me lance avant d’en manquer.

      Je vous remercie pour votre généreuse entame. Je ne m’attendais à être un cadeau pour personne ici, n’étant quasiment pas présente et ne publiant que rarement. Ce que vous dites me touche.

      Je pense qu’il peut exister certaine vérité même sur des domaines tels que l’éthique et l’humain. On peut dire sans se tromper qu’un stéréotype et un préjugé peuvent entrainer de la discrimination. La psychologie sociale étudie ces phénomènes et il ne semble pas y avoir de doute possible.
      Le respect d’autrui fera toujours moins de mal que la tolérance (qui n’est pas une forme de respect très « respectueuse » d’autrui) et moins encore que le rejet. A partir de là, une position que peut entrainer le rejet de l’autre me posera forcément problème. D’ailleurs, ma propre position me posait problème, puisque je rejetais le rejet. Mais enfin, je m’égare.
      Je voulais seulement faire remarquer quelques certitudes que l’on peut avoir en la matière. Vous remarquerez que ma position personnelle, c’était que j’étais là surtout pour que les personnes d’en face et leur certitudes non questionnées (il en y en a tellement sur ces sujet) tremblent un peu face à des positions différentes.

      Oui, la métaphore guerrière est tout à fait justifiée. C’est bien comme cela que je raisonnais. C’est cela que j’ai du mal à abandonner.

      Non, sur ce point vous vous trompez. Mon psychiatre n’est pas du tout du genre à me flatter dans mon égo. Ce qu’il voulait dire (et c’était clair dans le conversation que nous avons eue) concernait l’engagement. Pour lui, le monde serait meilleur si plus de personnes étaient aussi convaincue que moi et engagées sur les question d’égalité, et si plus de personnes acceptaient de sortir de la zone de confort de leur croyance pour se questionner. En cela, je ne lui donne pas tort.
      Pour le reste, je ne dis pas. Je ne suis pas fière de moi et de mon attitude. Vous ne l’avez pas senti peut-être, mais je regrette abondement d’avoir eu et d’avoir encore une pensée de ce type.

      Pour ce que vous dites ensuite, je comprends bien que votre expérience m’aurait été fort utile. Je pense d’ailleurs qu’il me faut absolument ce « Petit Traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens ». Il me l’aurait fallu avant. Ce n’est jamais trop tard, mais l’avoir entre les mains il y a cinq ans m’aurait de toute évidence fait du bien. Notez que mon psy est d’accord au sujet de De Waal. Vous voyez, vous êtes sur la même longueur d’onde.

      Je noterais juste au sujet de mon compagnon (dont vous avez tout à fait raison de noter le courage et l’abnégation face à mon attitude déplorable) : si je lui ai demandé des excuses, c’est parce qu’il a été sans pitié envers moi à sa manière. J’ai usé tout mon courage, tout mes arguments, toute ma force psychologique pour l’intéresser, le faire se questionner, le faire changer d’avis. Je me suis épuisée, je me suis vidée, je me suis perdue. Et lorsqu’il a changé d’avis, il n’a rien voulu reconnaître, et j’ai dû tirer quelques ressources supplémentaires pour le convaincre qu’il avait changé d’avis. Cela m’a achevée. J’étais lessivée. Et j’en avais assez de devoir me flageller d’avoir un intérêt pour cette question, que mes efforts ne soient pas du tout reconnus, qu’en plus il attende de moi que j’accepte simplement de ne plus en parler.

      J’avais peut-être tort sur toute la ligne en terme de méthode, du moins n’avais-je pas tort sur un point : je ne pouvais pas être la seule en tort dans ces disputes. Et d’ailleurs, je le pense toujours. Nous avons été zéro sur toute la ligne, lui comme moi. Et c’est ma faute, c’est moi qui est commencé. Je voulais lui faire au moins admettre qu’il y avait eu une part non négligeable. Il n’a pas voulu. C’est ce qui a failli causer la fin de notre relation. Il a voulu faire de la résistance jusqu’au bout, il n’a pas voulu baisser les armes, il n’a pas voulu montrer d’empathie. Figurez-vous que moi aussi j’en avais besoin. Cruellement. Moi non plus je ne voulais pas la guerre. La guerre m’a prise par surprise. Je suis joueuse, j’ai persisté. Moi aussi j’ai été blessée. Mais nous l’étions tous les deux et incapables de nous débarrasser de notre colère. Je vous assure, nous étions pitoyables.

      Je vais méditer encore la fin de votre commentaire. Je lui ferais peut-être une autre réponse un de ces jours. Je ne sais pas encore ce que je vais tirer de cette crise existentielle.

      Je vous remercie pour tout, votre ton « paternaliste » (c’est vous qui le dites) m’a fait du bien autant que les commentaires élogieux que j’ai reçus par ailleurs. Ne vous inquiétez pas pour moi, je pense que je m’en remettrais (pas de votre commentaire, mais de cette histoire). Si je peux aller vers un mieux, ce sera bien. N’hésitez pas à me conseiller des lectures pour passer le cap.

      Sur ce, à bientôt.

      Anna-Lise

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  6. Je ne commente pas beaucoup, mais face à un article aussi personnel et touchant, je ne peux pas juste fermer la page comme si je n’avais rien lu. Pour autant, je ne vais pas être d’une très grande aide puisque être complètement perdue sans trouver d’issue fait partie de mes spécialités. Si j’aime beaucoup ton blog où j’apprends toujours de choses, je pense que tu dois faire comme tu veux. Si l’arrêter te semble être la voie pour te sentir mieux, alors tu devrais peut-être arrêter. Il passe tout de même après ta santé.
    Pour ton sentiment d’impuissance, je ne peux que le comprendre mais là encore je ne vais pas pouvoir t’aider puisque je n’ai pas encore trouvé la solution. L’hypersensibilité et le manque d’humour, je connais, sauf qu’en plus j’ai beau lire, écouter, me renseigner, j’ai tendance à oublier les détails. A l’oral, ma timidité, mes joues rouges et mes balbutiements ne sont pas très convaincants et offrent en plus bien des angles d’attaques pour un interlocuteur désireux de détourner le sujet.
    En outre, je ne suis pas d’un naturel optimiste, je doute que les choses changeront vraiment un jour. Et puis même si les femmes finissent par réellement devenir les égales des hommes, il y aura toujours du racisme ou de l’homophobie ou une haine envers un nouveau groupe de personnes. Je pense qu’on sera tous et toutes mort.es avant qu’apparaisse le monde que j’aimerais connaître et qui relève de la pure utopie.
    Voilà, mon commentaire est donc totalement inutile, mais ton article m’a parlé car je me sens souvent dans la même impasse que toi.

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    1. Cher ours bibliophile,
      Je ne m’attendais pas à recevoir autant de commentaires après mon post. Ça fait chaud au cœur. Merci de faire partie de l’une de ces réponses, d’autant que tu dis toi-même ne pas répondre souvent. C’est gentil de ne pas avoir fait comme si tu n’avais rien lu (j’ai bien aimé cette expression).

      Je pense aussi que ma santé passe avant tout. Il me reste à déterminer si mon blog m’aide à aller mieux ou m’aide à aller moins bien. Je ne sais pas encore trop. Le fait que je réponde aux commentaires que j’ai reçus sur mon article me fait me dire que c’est plutôt du bien.

      Ne t’inquiète pas de ne pas pouvoir m’aider, c’est très gentil déjà de répondre. Je suis moi-même hypersensible (j’aurais des choses à dire dans un article à ce sujet, mais il n’a pas encore trouvé sa forme ni sa place). Je peux comprendre quoique je sois plus socialement anxieuse que timide.

      Pour ce qui est des multiples sources d’inégalités, je me réjouis en me disant que j’espère voir du positif de mon vivant. Après tout, le viol conjugal n’était pas encore du viol aux yeux de la loi l’année où je suis née. Des personnes ont eu le droit à un genre neutre sur leurs papiers en Australie. L’état essaye de faire quelque chose (sans succès pour le moment) contre les viols collectifs en Inde. La France se pose des questions sur les violences sexuelles, comme les USA, avec #MeToo. Il y a du prometteur.
      D’autres points le sont nettement moins, voire sont des régressions. Je ne crois pas au progrès linéaire. Mais il y a de bonnes tendances, même si les choses semblent parfois bouger à pas de fourmi.

      Bizarrement, te le vois, je suis parfois optimiste. C’est plutôt mon rôle (minuscule) dans tout cela qui me fait douter.

      Sur ce, peut-être à bientôt. 🙂

      Anna-Lise

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      1. De toute façon, je pense que l’on a plus ou moins tous et toutes eu des moments de doutes face à l’utilité ou à la pertinence de notre blog ou à la place qu’il prend dans notre vie (notamment à cause de la rédaction des articles parfois chronophage).
        En tout cas, même si ton blog ne change pas la face du monde d’un coup, le fait de parler de ses sujets participe aux petits changements qui naissent ici et là. Et c’est ça qui est utile.
        Bonne journée à toi.

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  7. Et quel article ! Merci de t’être livrée si sincèrement.
    J’ai vécu un peu le même genre d’histoire que toi… Je pense qu’on se ressemble pas mal en terme de fonctionnement: quand un sujet me branche, je vais au fond ! (enfin j’essaye, je ne suis pas allée jusqu’aux cours de fac!) et je suis très sensible aux arguments rationnels. Et comme toi, j’ai aussi perdu mon temps dans plusieurs discussions facebook stériles où mes argument n’étaient même pas lu et auxquels on renvoyait des croyances! Bon, comme mon temps est compté et précieux (je suis maman!) j’ai vite compris qu’il fallait que j’arrête ça !
    Pour tenter de répondre à ta question, je dirai qu’il faut avant tout *te préserver*. Les antifem et autres trolls de tous poils n’ont JAMAIS de répit sur la toile, il y en aura toujours un.e pour venir te resservir une louche de bave. Donc à mon humble avis, il faut que tu évites les forums et toutes formes de discussions directes. De 1) un troll ne change pas d’avis de 2) un troll ne change pas d’avis. Iels sont juste trop content.e.s de te faire perdre ton temps.
    Par contre, je pense que tu peux garder un espace sécurisé à toi, comme ce blog ! :p où tu peux partager tes réflexions. Celleux qui sont intéressé.e.s peuvent lire, commenter… Et tu peux filtrer les commentaires pour ne laisser que les constructifs. (C’est pas de la censure, c’est juste de la protection: les trolls ne cherchent pas à débattrent, juste à foutre le bordel. Commentaire agressif: hop détruit.) Comme ça, tu peux partager tes réflexions, les résultats de tes recherches, les choses qui te tiennent à coeur, que tu as envie de partager, mais elles ne tomberont pas dans les oreilles de sourd.e.s…
    Voila pour mes réflexions… J’espère que tu as retrouvé un peu de sérénité et que tu vas trouver TA solution. Bon courage !!! Et des bisous ! :*

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    1. Bonjour chère Vervaine,
      Merci pour ta réponse. Comme celle des autres, elle m’a fait grand plaisir. 🙂

      Je suis contente d’entendre ton témoignage et ses similarités avec le mien. Je comprends que ton temps était précieux avec un ou plusieurs enfants. C’est presque bien que cela t’ait permis de réaliser que l’investissement était trop envahissant. Je n’ai jamais vraiment eu ce déclic.

      Ce que tu dis est vrai. J’avais sûrement sous-estimé la force de l’opposition en place. Et j’ai refusé de baisser la tête, me disant que ça leur ferait bien trop plaisir. Et puis, elleux semblaient avoir une énergie illimitée à revendre. J’ai complètement sur-estimé mon pouvoir personnel. Ma petite croisade était bien stupide.

      Je suis d’accord avec toi sur les trolls. J’ai failli aller porter plainte contre l’un d’eux. Il m’a agonie d’injures. J’ai laissé tomber.

      Je ne sais pas si je trouverais ou non la sérénité sur ce sujet. Et je ne sais pas quel rôle va jouer mon blog là dedans. Mais c’est gentil de tenter de m’aider.

      Peut-être à bientôt.

      Anna-Lise

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  8. J’attrape au vol ton article, je l’ai lu attentivement, et je ne vais certainement pas partir sans t’avoir répondu ! D’autant plus que je me reconnais beaucoup dans toute une partie de ce que tu écris, surtout en ce qui concerne la recherche de vérité et la difficulté à comprendre pourquoi autant de gens ne se soucient que peu de vérifier les faits ou de s’interroger sur la provenance de leurs croyances…
    Oui, j’ai déjà vécu des passages comme ça, il y a des hauts et des bas, des périodes de recherche frénétiques sur internet comme celles que tu évoques, et puis des moments de vide, où on se sent inutile. Surtout, ne pas hésiter à prendre des pauses, vraiment ! Fermer les réseaux sociaux, laisser son blog en suspens (il ne va pas disparaitre), se laisser le temps de réfléchir à ce qui nous manque, éventuellement. Pendant toute une période, je débattais énormément via facebook ou twitter. Maintenant, je le fais ponctuellement mais j’y mets moins d’enjeu. Mon blog était initialement une manière de coucher par écrit ce que je disais dans ces débats chronophages, c’est un petit blog modeste, mais récemment, en commentant un article d’un autre blog, j’ai assisté à la « révélation féministe » de quelqu’un, et je me suis dit que même si ça ne devait toucher qu’une personne, c’était quelque chose d’important, finalement, de pas si anodin. J’ai au moins aidé quelqu’une !
    J’ai deux autres pistes en tête à partir de mon vécu à moi, pas forcément transposables de la même façon, mais je les mets quand-même :
    Tu évoques la communication… A la base je suis quelqu’un d’assez impulsive et passionnée en débat, à l’adolescence je partais au quart de tour. Mais se pencher sur la communication non violente et la pédagogie, avec la même passion qu’on l’a fait pour le reste, et bien ça aide à dompter ça… et ça permet de relativiser, beaucoup. Voilà pour une première piste, faire la paix avec ses émotions, prendre le recul nécessaire pour se protéger, et souvent, du même coup, permettre des échanges plus constructifs (je constate que si je ne convaincs personne en une conversation, après des mois ou des années, des gens autour de moi me disent avoir changé d’avis, et que nos conversations n’y étaient pas étrangères)
    Ensuite, et là encore c’est mon expérience personnelle, je crois qu’il y a aussi un aspect épuisant à lutter seule, derrière son ordinateur. Je me suis donnée comme objectif pour cette année de militer davantage, en dehors des réseaux sociaux. Etre aux côtés d’autres personnes convaincues, discuter en face à face pour sensibiliser, manifester, afficher, organiser, occuper… Ca fait du bien, et c’est indispensable. Evidemment, à réfléchir selon son état d’énergie, de motivation etc…
    Je n’ai pas de recette miracle malheureusement, mais en tout cas sache qu’il y a déjà au moins une personne qui a lu tes mots avec attention et qui te comprends, un peu.

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    1. Bonjour chère Nébuleuse,
      Comme pour toutes les personnes m’ayant répondu, je vais commencer par te remercier de m’avoir si gentiment répondu. Merci beaucoup. 🙂

      Je vois que tu n’es pas la seule à t’être au moins partiellement reconnue dans mon article. C’est rassurant d’une certaine manière.
      Je trouve bien si tu parviens à te limiter vis-à-vis des réseaux sociaux. Moi aussi, j’ai des périodes où j’y arrive. Heureusement que je suis assez déprimée en ce moment : je n’ai même plus le réflexe d’y aller. C’est mieux quand même.

      Pour ma part, ma sœur a beaucoup accroché à mes idées aussi. Il faut que je me le répète plus souvent. Je ne sais pas pourquoi je n’arrive pas à m’en satisfaire.

      Si tu as des ouvrages à me conseiller sur la communication non violente ou tout ce qui concerne le fait de parvenir à communiquer ses idées, je suis preneuse.

      Oui, c’est vrai que le temps est un allier précieux. On ne change pas d’avis du jour au lendemain. Je devrais y penser plus souvent.

      Tu n’es pas la seule à me conseiller le militantisme « dans la vraie vie » avec des personnes déjà convaincues. Je m’en suis un peu éloignée dernièrement. Je vais y réfléchir.

      Merci pour ton empathie et ta réponse, que tu aies ou non une solution pour moi.

      Peut-être à bientôt.

      Anna-Lise

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      1. Il faut prendre son temps, oui… Je ne connais pas beaucoup d’ouvrage sur la communication, hormis « Les mots sont des fenêtre » qui traite justement de communication non violente. Il y a des ressources dans le milieu sceptique sur la « street epistemology » et la pratique d’entretien épistémique (des mots barbares !), qui sont assez intéressantes car ça traite de la manière dont on peut interagir avec une personne sans chercher initialement à la faire changer d’avis. Ensuite il y a un super blog, mais qui n’est plus alimenté, qui traite assez largement de communication : http://www.cygnification.com/. Cela étant dit, je pense qu’on se met beaucoup de pression sur notre manière de faire, notre stratégie etc, et on devrait se rappeler plus souvent qu’on en fait déjà beaucoup !! A bientôt j’espère 🙂

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  9. Bonjour. Je ne sais pas si mon commentaire va t’aider, mais je peut t’assurer en tout cas que ton blog m’a aidé. Cette soif de connaissance que tu décris, j’ai l’impression de l’avoir vécue aussi. Sans doute étais-ce pour des raison plus égoïstes, voire même pire, y avait-il dans ma démarche une forme de voyeurisme de gars cis… Sans doute.
    Pourtant, j’ai l’impression qu’avec ce que j’ai appris sur ton blog est sur d’autres, j’ai progressé, j’ai réussi à me remettre plus souvent en question. Certes, ce n’est pas ici que j’ai découvert le féminisme, ma première rencontre avec l’idée date plutôt de Magical Dorémi quand j’avais 6 ou 7 ans ou des pavés dans la mare de Ginger Force à 16-17 ans. Mais ton blog fais partie de ceux qui m’ont complètement fais basculer. Sans lui, je ne sais pas si j’aurais essayé de lire le Deuxième Sexe ou Masculin-Féminin de Françoise Héritier. Sans ton blog je ne sais pas si je remettrais si souvent en question ma participation au sexisme, si je me rendrais compte du long chemin qui me reste encore à parcourir.
    Ce que je sais par contre, c’est que j’attends chacun de tes articles avec impatience, et que je serais vraiment triste que ce blog s’arrête. Peut-être n’as-tu pas transformé avec ce blog, beaucoup d’antiféministes radicaux en féministes convaincus, mais je peux assurer pour ma part, et je suis sûr de ne pas être seul, avoir affermi ici ma certitude de la nécessité du féminisme, avoir trouvé de quoi réfléchir, de quoi mieux comprendre le monde. Toutes les informations que tu as rassemblé ici ou sur ton pearltree (j’avoue toutefois être trèèès loin d’avoir tout regardé) m’aident à devenir moins sexiste, et même d’agir peut-être un jour à mon tour contre le sexisme (évidemment dans la limite de mes compétence et de ma légitimité et si j’arrive à surmonter ma paresse (ah les insurmontables problèmes masculins!!))
    En espérant te lire à nouveau,
    Merci beaucoup.

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    1. Bonsoir cher Chaussetto,
      Mon premier commentaire de réponse ayant de toute évidence échappé à WordPress (c’est comme si je ne vous avais pas répondu), je ré-répondrai demain.
      Bonne soirée ! 🙂

      Anna-Lise

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      1. Cher Chaussetto
        Avant tout, merci beaucoup. Ton commentaire fait partie de ceux m’ayant fait le plus plaisir. Merci d’avoir écrit ce que tu pensais de mon blog et d’avoir témoigné. Tu m’as aidée, je t’assure.

        Je ne serais pas si sévère envers ce que tu nommes du « voyeurisme de gars cis ». Si plus d’hommes cis avaient l’envie de regarder ce qui se passe du côté du féminisme en cherchant à être ouverts d’esprits, il pourrait en sortir du bon.

        Tu me dis que mon blog t’ai aidé, que tu y as appris des choses, que tu attends mes articles avec impatience, que tu serais triste que mon blog s’arrête. C’est vraiment un cadeau que tu me fais. Je me suis retrouvée muette devant ton commentaire, partagée entre le ravissement et l’étonnement. Ainsi, ce que j’avais fait avait au moins un peu aidé quelqu’un. Crois-moi, ça ne te paraît probablement pas grand chose, mais ça fait une immense différence pour moi dans cette période de doute.

        Ne m’en veut pas, je vais juste copier/coller une partie de ton commentaire parce qu’il m’a fait un bien fou : « Peut-être n’as-tu pas transformé avec ce blog, beaucoup d’antiféministes radicaux en féministes convaincus, mais je peux assurer pour ma part, et je suis sûr de ne pas être seul, avoir affermi ici ma certitude de la nécessité du féminisme, avoir trouvé de quoi réfléchir, de quoi mieux comprendre le monde. » C’est le genre de réalisme (le caractère risible de ma volonté irréalisable de faire changer beaucoup de gens d’avis) et d’honnêteté (ce que mon blog a contribué modestement à t’aider à faire ou a penser) qui me fait un bien fou en ce moment.

        Je suis par ailleurs très heureuse que quelqu’un consulte mon PearlTree, qui ne sera jamais complet puisqu’il arrive bientôt à la limite de ses capacités de stockage en mode non payant. Je vais peut-être faire un peu de tri. N’hésite pas à me dire ce que tu as pensé des ressources que tu consultées. Je t’écouterai avec plaisir.

        Enfin, ne diminue pas les difficultés auxquelles tu peux faire face en termes de légitimité. J’ai fait un mémoire sur le sujet de « pourquoi on devient féministe » (en gros) et l’un des éléments qui ressortait c’est la solitude des hommes féministes (tous ne se définissaient pas comme tels) face à l’abîme de leurs réflexions. Suis-je légitime ? Que puis-je faire ? Quelle place prendre ? Quel est mon rôle ? Cela couplé à leur solitude réelle (ne pas trouver de groupes d’hommes à qui en parler) les menait parfois à s’éloigner du féminisme. Bref, c’est une difficulté réelle, et autant je suis assez déprimée et incapable de dire beaucoup de bien de moi en ce moment, autant je peux te répondre de ne pas délégitimer ton ressenti. 🙂

        Merci beaucoup à toi.
        A très bientôt j’espère.

        Anna-Lise

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  10. Je comprends ce que tu ressens, ta fatigue, et j’en suis désolée. Je trouve dommage que les personnes comme toi, qui se demandent comment « bien » faire, finissent par abandonner étant donné l’ampleur de la tâche, au point que parmi les militants il ne reste au final que les plus « cons », ceux qui sont dans la colère et le dogmatisme et qui n’apportent rien en termes d’argumentation (je comprends la colère des marginalisés, de là à encourager ou cautionner la colère comme mode d’action principal…. non).
    Même avec les meilleurs arguments du monde, je ne pense pas que tu réussiras à convaincre des personnes qui sont trop éloignées des idées féministes ou anti-féministe. En revanche, les personnes comme toi peuvent être très utiles à celles et ceux qui doutent sur le sujet, qui cherchent à se documenter, qui cherchent à comprendre et à mieux faire. Discuter avec ces personnes là est infiniment plus enrichissant et a beaucoup plus d’impact que discuter avec ceux qui sont déjà braqués contre ce sujet (enfin, c’est mon avis, hein).
    C’est vraiment super de réfléchir comme tu le fais à comment répondre au mieux à des arguments antiféministes. C’est vraiment hyper utile et c’est ce que devrait faire, à mon sens, le féminisme : s’attaquer à des argumentations qui sous-tendent un système de domination, plutôt que s’en prendre à des personnes en leur disant « hey toi là bas, espèce de sale mâle blanc privilégié » (j’ai VRAIMENT vu des personnes se comporter ainsi, dans plein de mouvements militants => féminisme, véganisme, pro-neurodiversité… ).
    Il y a un besoin de gens qui se remettent en cause, qui réfléchissent et argumentent, comme toi.
    Quoi que tu décides en tout cas, je te souhaite bon courage et de trouver des gens dans ta vie qui partageront et comprendront tes valeurs.

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    1. Bonjour Lyra,

      je te remercie pour ton gentil commentaire qui m’a fait très plaisir. J’ai mis du temps à répondre, mais c’est mon moral qui m’en empêchait et non mon envie de le faire.

      Je me retrouve dans ce que tu dis et je comprends que tu sois désolée pour ma fatigue. Moi aussi j’en suis désolée, et je suis très ennuyée de ne pas pouvoir continuer comme je le voudrais. Je pense souvent à faire une chaine YouTube sur ces sujets mais je n’ai jamais le courage de me lancer, à cause des risques de harcèlement en ligne et de mon faible état actuel. Je pense que si je suis déprimée, me lancer dans une nouvelle aventure n’est peut-être pas la meilleure idée à avoir. J’attends donc de me sentir mieux et prête. J’attendrai d’en avoir vraiment envie et de me dire que c’est ce qu’il faut que je fasse. Ça ne viendra peut-être jamais, ou peut-être dans un mois. Je vous tiendrai au courant quoi qu’il en soit.

      En attendant, mon blog est en dormance, et je suis ennuyée de voir que des personnes qui me suivaient et étaient contentes de mon travail sont maintenant ennuyée de me voir ne rien publier… Les choses ne sont vraiment pas faciles.

      Quoi qu’il en soit, merci beaucoup pour ton message, et j’espère à une prochaine fois.

      Anna-Lise

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